Jacques Frelin, négociant-vinificateur et producteur dans le Gard, l’un des pionniers des vins bios, vice-président des interprofessions SudVinBio et FranceVinBio, vient d’être rejoint par sa fille Carole à la tête de la société fondée il y a 37 ans. L’occasion de leur poser quelques questions sur l’évolution du marché bio et de l’entreprise.

Comment voyez-vous l’évolution de Millésime Bio auquel vous avez participé dès le début?
J.F. : A l’origine, nous étions quelques copains qui voulaient regrouper l’offre bio d’une trentaine d’opérateurs dans un même lieu pour faire goûter le nouveau millésime et on se connaissait tous. Les vins bio bien sûr ont beaucoup évolué en qualité et en volumes ; quelques opérateurs y venaient par opportunisme mais aujourd’hui, avoir des références bio dans son portefeuille est devenu obligatoire. Ce sont les consommateurs qui le demandent, qui veulent des explications, des conseils. Je suis convaincu que dans cinq ans, toutes les cartes de restos seront bios; le mouvement est vraiment impressionnant, encore plus qu’en GD ou chez les cavistes. Quant aux magasins bios, ils ont augmenté en qualité, élargi les gammes, restructurer leurs caves et le vin est devenu un élément moteur de leur développement

On constate une demande croissante de vins bios. L’offre va-t-elle suivre ?
J.F. : Au global, les volumes de production devraient doubler d’ici le millésime 2022 pour atteindre 1,6 millions si les récoltes sont normales. Le premier frein de l’approvisionnement sera résolu car depuis le millésime 2017, nous souffrons en effet d’un déficit de l’offre, surtout sur les entrées de gamme à 3-4 €. La GD s’est donc tournée vers l’Espagne, surtout pour les BIB et les grandes marques. Les raisins coûtent 2,5 fois moins cher qu’en France pour la même qualité et les mêmes règles de contrôle ; ce sont les frais fixes qui font la différence.

Sur quels produits l’entreprise se développe le plus ?
J.F. : En 20 ans, nous avons triplé nos références, aujourd’hui 150, principalement en Oc et en vins de cépages. Outre notre production gardoise sur 12 ha, nous travaillons à 95% en partenariats très suivis, avec très peu de one-shots. Nous nous approvisionnons aussi dans le Rhône, en Paca, en Gascogne, mais également à Bordeaux avec des mises châteaux comme en Loire, surtout depuis 2,5 ans, avec des vinifications et des mises propriétés. Nous constatons aussi une demande en hausse de “sans soufre” mais nous ne développons pas particulièrement les vins naturels; nous préférons rester sur des vins certifiés avec des labels clairs, même si pour la biodynamie, il est difficile de trouver des partenaires. Nous sommes avant tout intraitables sur la qualité. Pas question de vins déviants ou a défaut. Si c’est bon au départ, cela ne dépend que de la mise en bouteille.

Carole Frelin, 31 ans, vient de rejoindre l’entreprise familiale après un master de ventes et six années comme responsable de ventes chez Lidl.

L’expérience de la Grande Distribution aide-y-elle a mieux comprendre le bio ?
C.F. :
Elle apprend surtout à être un mini chef d’entreprise, à avoir des responsabilités de management, à se former dans la gestion globale, ce qui permet de ne pas avoir peur ensuite. Le bio sur ce circuit a pris beaucoup d’ampleur mais il reste un achat d’opportunité, même si l’enseigne était passée en 4-5 ans d’une dizaine à une soixantaine de produits avec désormais une place prépondérante à l’entrée du magasins ou en tête de gondole, et pas perdus au fond d’un rayon.

Vous êtes une convaincue du bio de naissance?
C.F. :
Bien sûr, le bio est dans mes racines ; mon grand père était déjà en bio avant l’heure au domaine Clairac près de Beziers. Et je fais de plus en plus attention à ma façon de consommer. Comme beaucoup de jeunes de ma génération. J’ai vu évoluer l’image du bio, de puriste voire extrémiste à un produit pour tout le monde, présent chez toutes les familles dé distributeurs. Aujourd’hui, nous bénéficions davantage de facilités d’achats et nous avons, de surcroît, la légitimité de partenariats de longue durée, ce qui aide à avoir auprès des vignerons une image de sérieux pour la discussion comme pour le paiement.

Quels sont vos projets pour l’entreprise?
C.F. :
Je vais m’attacher à consolider, d’abord en remplaçant certaines gammes dont les étiquettes commencent à vieillir, en continuant à développer l’offre de “sans soufre”, très demandée, à réfléchir à étendre nos gammes classiques avec des vins plus prestigieux… Mais nous resterons sur les vins français (sauf le porto). Nous sommes déjà présents dans la quasi totalité des régions et nous ne sommes pas en quête particulière d’autres appellations, cela dépendra des occasions. D’autant que nous avons la chance d’être en Languedoc, une belle et riche région de production.

Tous les vins sont en dégustation sur Millésime Bio, en particulier la gamme phare La Marouette avec tous les cépages languedociens et déclinés en sans sulfite. A découvrir également les cuvées anniversaires Nº35 en AOC Languedoc Pezenas rouge et en Pays d’Oc blanc 100 % roussanne, médaille d’or du Challenge Millésime Bio, sélectionnée pour l’Œnothèque du salon.

Hall B2 – Stand 333