L'équipe d'OenoTeam (photo Cécile Pavia).
L'équipe d'OenoTeam (photo Cécile Pavia).

Après quelques mois d’élevage, les bordeaux 2015 commencent à être présentés en primeur et s’annoncent surprenants de diversité et parfois très élégants. Démonstration avec l’équipe du laboratoire œnologique OenoTeam.

Longtemps en admiration béate devant les vins du Bordelais, les acheteurs nationaux et internationaux sont désormais moins prompts à acheter les yeux fermés. Et la méfiance est aussi de mise car l’annonce d’un nouveau grand millésime ne saurait à elle seule convaincre de la qualité réelle des vins. Sans tomber dans les travers d’une communication trop dithyrambique, 2015 a toutefois été présenté comme une très grande année. Pourtant, l’analyse de la genèse de ce millésime et les premières dégustations conduisent à avancer à pas de velours. Contrairement à des millésimes comme 2010 où, pour reprendre les mots de Julien Belle, œnologue-conseil d’OenoTeam, « il était facile de faire du bon voire très bon presque partout », 2015 s’annonce comme un millésime plus complexe. Un millésime marqué par une certaine hétérogénéité. « En 2015, le choix de la date des vendanges a été particulièrement déterminant et a permis l’émergence de styles de vins très divers » selon Stéphane Toutoundji, également œnologue-conseil. Il ne fallait pas avoir peur de vendanger tôt pour ne pas tomber dans l’exubérance d’un millésime comme 2005 où maturité et extraction ont pu atteindre des niveaux très élevés. D’autant que de gros orages sur une partie du vignoble sont venus perturber la fin du cycle végétatif, comme dans le nord du Médoc au-delà de Pauillac.

« Une sorte de 2005 mais avec de la mesure »

Loin de présenter une trame globalement homogène, les vins du bordelais affirment sur 2015 des styles très différents en fonction des choix qui ont été faits à la vigne et en cave. L’œnologue Thomas Duclos rappelle ainsi que des parcelles voisines ont parfois été vendangées à trois semaines d’écart entre deux propriétés. Des différences fondamentales qui ont permis la naissance de véritables « vins de signature » marqués par des philosophies opposées, du délicat au très mûr. Si les blancs s’annoncent globalement de belle facture, la rive droite a particulièrement bénéficié de la climatologie pour donner naissance à de très beaux rouges. Thomas Duclos synthétise le millésime par une formule simple : « une sorte de 2005 mais avec de la mesure ».

Lorsque les vendanges ont été relativement précoces, le toucher de bouche et le fruité sont d’un soyeux qui fera date. Le millésime était sans doute moins aux vins massifs qu’à l’expression d’une véritable délicatesse associée à de très belles matières, tout en allonge. Parmi les belles réussites, certains, comme Château Soutard en Saint-Emilion grand cru classé, confirment leur rang. Le château La Tour du Pin Figeac (Saint-Emilion grand cru) n’est pas en reste avec un nez profond et complexe et un fruité délicat. Les appellations moins prestigieuses offrent aussi de belles bouteilles dont le rapport qualité-prix sera à suivre de près. Le château Canon Montségur en Castillon-Côtes-de-Bordeaux associe par exemple un boisé fin et des notes épicées à une belle acidité qui le porte sur la longueur. 2015 s’annonce donc comme un millésime passionnant car il devrait voir l’éclosion de vins très élégants et mettre en avant toute la richesse des terroirs de Bordeaux.