(Photo crédit : WeShoot)
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Le dernier Terre de vins est arrivé en kiosques, conclu comme chaque numéro par le billet de notre fidèle ami, Pierre Arditi. Pour cette chronique confinée, le comédien amateur de vin et de gastronomie déclame son amour pour les restaurateurs, parmi les plus touchés par la crise sanitaire du Covid-19.

« Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie »

Dans ma vie, en dehors des dégustations, le vin a toujours été associé à la nourriture ! Parfois le vin accompagne, parfois c’est la nourriture qui accompagne, mais l’un ne va pas sans l’autre, l’essentiel est qu’ils se marient le mieux possible, parfois simplement, parfois majestueusement, pourvu que le plaisir soit au rendez-vous.
Bien sûr, ces mariages se font souvent à la maison, avec la cuisine familiale (elle est bonne et les ressources de la cave bonnes aussi!), mais souvent aussi aux restaurants, ceux que je connais, ceux que je découvre, et là tout prend un autre goût : le service, le décor, les mets et la façon de les créer ou recréer, les « autres » : La vie !
Je ne sais pas ce qu’elle sera la vie au moment où ce papier sortira mais les restaurateurs me manquent énormément infiniment. Ils parfument mon existence depuis toujours et leur absence rend orphelin l’épicurien que je suis.
Rien n’a le même goût au restaurant. Des plats les plus simples aux plats les plus complexes, tout ce que je ne sais pas faire, ils le font, et quand, parfois, je m’amuse à reproduire un plat que j’ai aimé, je n’arrive jamais (et c’est tant mieux) à reproduire ce que j’ai aimé ! Pourquoi ? Parce que je n’ai pas la technique bien sûr, mais aussi et surtout parce que les restaurateurs, les chefs, les cuisiniers, appelez-les comme vous voulez, cuisinent d’abord le rapport aux autres, cette faculté de produire du bonheur, ils sont des « conducteurs » d’amitié. Leur absence nous prive de nous-mêmes, sans eux le meilleur des vins semble plus fade quand ils ne sont pas là pour le verser au fond du verre.
« Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie » écrivait Paul Valéry. Je me sens, par moment, seul sans eux.
Je sais qu’il faut se réinventer, les temps sont difficiles, il faut survivre. Revienne le jour où nos copains restaurateurs pourront se réinventer avec nous et simplement nous accueillir en disant : « Qu’est-ce qui vous ferait plaisir ? » Phrase magnifique qui nous dira qu’ensemble nous sommes à nouveau mariés comme les vins et les mets le sont depuis la nuit des temps.

À bientôt les amis.
Tenez bon, on vous aime !

Pierre Arditi

Terre de Vins n°69. 132 pages, 6 euros.
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