Aujourd’hui un peu oubliés, les vins doux naturels (VDN) du Roussillon recèlent pourtant de vieux millésimes dont la jeunesse est à redécouvrir autour d’accords mets-vins délicats.

Les vieux millésimes de VDN du Roussillon (de 1898 à 1999) étaient au centre d’une grande dégustation organisée par « Terre de Vins » lundi dernier à Paris. Retrouvez les images de cette belle soirée dans le diaporama ci-dessus. Photos : Lucas Grisinelli.

Les modes de consommation évoluent et, comme le rappelle Guillaume Gangloff des vignobles Dom Brial, « peu de consommateurs continuent de prendre un verre en fin de repas, a fortiori de vin doux naturel ». A l’heure actuelle, une part très importante de la production de VDN du Roussillon est ainsi exportée, principalement vers les États-Unis, le Canada et le Japon. A l’image du Porto qui peine de plus en plus à séduire au Portugal, les Français boudent ces vins mutés dont on a arrêté la fermentation alcoolique par ajout d’alcool vinique afin de conserver un niveau élevé de sucre. Pourtant ceux-ci, nés sur les terroirs très chauds de Banyuls, Rivesaltes et Maury, sont des machines à remonter le temps. Qu’ils soient issus principalement de muscat (d’Alexandrie ou à petits grains) ou de grenache (noir, blanc, gris voire rose), les taux de sucre qu’ils conservent, souvent au-delà des 100 grammes par litre, et leur niveau d’alcool élevé, jusqu’à 22 degrés, sont autant de barrières naturelles contre les affres du temps. Et c’est là que la magie opère puisqu’il est possible de déguster des vins de 20 ou 30 ans pour quelques dizaines d’euros seulement. S’il est encore possible aujourd’hui de découvrir des vins parfois centenaires, c’est à certaines traditions qu’on le doit. Il a toujours été de coutume, dans les domaines, de conserver une barrique ou un demi muid de vin de l’année de naissance des enfants « qui le recevaient comme cadeau souvent lors de leur mariage » comme l’explique Agnès de Volontat-Bachelet. Propriétaire du domaine de La Coume du Roy, elle commercialise pour sa part le millésime 1925 (493 € tout de même), année de naissance de sa tante dont il demeure quelques hectolitres…

Des vins vieux surprenants de jeunesse

Les vins doux naturels du Roussillon ont connu une large expansion et un grand rayonnement tout au long du XIXème siècle et du XXème siècle. Georges Puig, du domaine Puig Parahÿ, se plaît d’ailleurs à expliquer que « l’impératrice Joséphine de Beauharnais se délectait de ces nectars, comme en témoignent certains inventaires qui ont été conservés». L’histoire ne dit pas si elle avait accès, déjà à l’époque, à des millésimes anciens qu’elle aurait certainement beaucoup aimé. Car la rencontre avec de vieux millésimes de VDN est empreinte d’une certaine part de mystère. Jusque dans les années 1970, les productions n’étaient pas encadrées par des cahiers des charges stricts si bien qu’il est difficile de connaître précisément les proportions des différents cépages entrant dans leur composition. Mais ils ont tous en commun des arômes impressionnants de fruits confits, d’épices et, le temps passant, l’apparition du fameux rancio (arômes de noix, de fruits secs). Un univers envoûtant à l’image des Rivesaltes ambrés du château Las Collas qui, particularité dans la région, sont entièrement élevés en cuve béton. Le 1945 (100 €) présente ainsi un nez envoutant avec des notes subtiles de verveine et une grande fluidité en bouche grâce à une acidité bien intégrée qui fait totalement oublier son âge. Cette souplesse se retrouve dans nombre de cuvées, à l’instar du Banyuls grand cru cuvée réservée 1993 de l’ « Etoile » et qui en font des compagnons idéaux pour la table, que ce soit sur un foie gras de canard à l’abricot ou sur des fromages (bleus, vieux comtés). Sans oublier le chocolat qui demeure un accord extraordinaire avec de vieux Maury tuilés. En somme, des vins originaux et méconnus qui traversent le temps et nous promettent de grands moments de dégustation. Alors pourquoi s’en priver ?