Il est de ceux qui ne font pas le plus de bruit sur la rive droite bordelaise. Et pourtant, voilà un cru qui mérite l’attention des amateurs. Les vins y sont d’une qualité évidente, marqués par une volonté d’aller vers une forme d’épure qui n’est pas sans rappeler certains vins d’émotion produits par le passé.

Aujourd’hui, à l’heure des réseaux sociaux triomphants et de la communication à outrance, le faire savoir prime souvent sur le savoir-faire. Il faut toujours y aller de la dernière nouveauté, de la collaboration sexy, de l’expérimentation originale… Cela peut évidemment accompagner une marche vers la qualité. Mais ce n’est pas parce que l’on est plus discret, que l’on est moins intéressant. Une preuve (parmi d’autres), le château Grand Mayne, très beau grand cru classé de Saint Emilion, propriété de la famille Nony depuis 1934. Aujourd’hui, c’est la 3ème génération représentée par Jean-Antoine et son frère Damien qui préside aux destinées de cet écrin dont les bâtiments du XVIème siècle sont en partie classés depuis 2014. Et c’est l’arrivée de Pierre-Yves Petit comme Directeur technique en 2016 qui a marqué certainement un véritable tournant. Avec un parcours qui l’a mené aux 4 coins de la planète et des expériences dans des propriétés référentes en matière de biodynamie, l’homme s’est forgé de solides convictions tout en restant pragmatique. Faire du vin de la meilleure manière possible, bien sûr, mais en assurant la pérennité économique d’une petite exploitation familiale. Car Grand Mayne, ce sont 17 hectares dont 14,5 sont actuellement en production. Travail des sols, enherbement sous les rangs, bioprotection pour se passer de sulfites à l’encuvage, plan de replantation drastique initié en 2012 et devant se prolonger jusqu’en 2035, les efforts sont permanents et portent leurs fruits.

Une très belle définition

Historiquement, la propriété était largement plantée de cabernet franc, avec des proportions qui étaient de l’ordre de 40% dans les années 1960. Celles-ci ont progressivement diminué mais le regain d’intérêt s’est opéré il y a quelques années déjà. Et comme le rappelle Pierre-Yves, « outre le fait que ce cépage apporte davantage de raffinement, de fraîcheur et d’équilibre aux vins, il a également l’avantage de présenter une pellicule plus épaisse qui résiste naturellement mieux au mildiou que le merlot ». Par chance, et compte tenu du patrimoine ampélographique dont disposait l’équipe, tout un travail de sélection massale a pu être effectué sur des vieux pieds de cabernet franc plantés en 1953. « Sur les 250 individus dont nous disposions, nous en avons identifiés 120 particulièrement intéressants gustativement. Ce sont eux qui ont été reproduits et qui se trouvent actuellement dans une nursery en attente de pouvoir être replantés », confie non sans émotion Jean-Antoine. De 20% de l’encépagement environ aujourd’hui, le cabernet franc pourrait représenter à terme 30% voire 35%. Une sorte de retour aux sources finalement qui n’est pas sans rappeler la marche vers une définition encore plus précise des vins, à l’image de ceux qui ont pu être produits dans les années 1980. Jean-Antoine rappelle ainsi que « le 1985 présente encore une énergie et une classe folle ». La dégustation récente du 1988 (110€ au château) va tout à fait dans ce sens, avec un vin encore vibrant, au fruité apaisé mais à la complexité aromatique percutante et doté de tannins aristocratiques guidant parfaitement la trame d’un jus franc et à l’équilibre souverain. Les derniers millésimes ne sont pas en reste avec un 2016 profond mais également un 2019 digne du plus grand respect. Un assemblage de 80% de merlot et 20% de cabernet franc qui a le mérite de mettre tout le monde d’accord. Une expression sincère et touchante de ce que sont les très beaux Bordeaux d’aujourd’hui. Profond, intense, mesuré et cohérent. Entre 40€ et 50€, voilà un beau rapport qualité-prix qui sera conforté, à n’en pas douter, par les prochains millésimes.