Il fait du vin en Anjou depuis près de 40 ans, mais depuis l’année dernière, Jo Pithon connaît une nouvelle jeunesse. L’arrivée sur le domaine de son fils Jules (et de son épouse québécoise Tania) lui permet d’envisager le passage de relais avec sérénité.

C’est une constante dans le milieu viticole, et agricole en général : la question de la transmission d’une génération à l’autre (d’une terre, d’une philosophie, d’un savoir-faire) se pose fatalement pour tous les vignerons. Cette transmission se fait parfois dans l’affrontement, dans la douleur, parfois dans la sérénité, mais elle n’est jamais anodine. C’est une page qui se tourne, et une autre qui s’écrit, dans la longue chronologie d’un vignoble familial.

Lorsqu’on rend visite à Jo Pithon sur son stand du Salon des Vins de Loire, on le retrouve tel qu’en lui-même au côté de sa femme Isabelle : souriant, affable, passionné par la géologie et l’histoire des grands terroirs ligériens sur lesquels il travaille la vigne depuis 1978. On le sent concerné, aussi, par l’âge de la retraite qui s’approche et l’arrivée à ses côtés, au printemps dernier, de son fils Jules* et de son épouse québécoise, sommelière de formation, Tania. « On travaille ensemble, tout se passe très bien. Je me donnais deux ou trois ans pour passer le relais, mais on sent que Jules et Tania ont très envie de ‘mordre dedans’, ils sont pleins d’idées et d’énergie, ils nous pousseraient presque vers la sortie ! », s’amuse-t-il, tout en concédant que « ça fait quarante ans que je ne pense qu’à ça, 24 heures sur 24, et contrairement à Isabelle qui a déjà plein d’autres projets, ça va être difficile pour moi de décrocher ».

Chef d’œuvre de patience

Jo Pithon sait pourtant, mieux que quiconque, que la vie d’un vignoble se construit sur plusieurs générations. Prenez son « chef d’œuvre », comme il le qualifie lui-même : le Coteau des Treilles, parcelle de 3 hectares (en fait 70 parcelles, rachetées à 25 propriétaires différents) de vignes d’avant-guerre, situées sur des pentes de 30 à 70%, pratiquement abandonnées et qu’il a patiemment restructurées. « Nous avons planté en 2000, nous savons bien qu’il faudra cinquante ans pour que ce soit sublime. Quand on se lance dans un projet comme celui-ci, c’est pour les générations futures ». En l’état, le Coteau des Treilles 2013 est déjà une vraie splendeur, un chenin mûr, charnu, solaire, soutenu par une arête de fraicheur et d’épices d’une grande vivacité. Sans aucun doute, à 34 €, la figure de proue du domaine Pithon-Paillé.

Le vignoble s’étend sur une douzaine d’hectares. Une part d’achats de raisins permet à Jo de produire du rouge (Anjou, Bourgueil, Chinon), mais le blanc demeure l’identité fondatrice du domaine, avec ses chenins ciselés, en sec (six sélections parcellaires et un « assemblage », Mozaïk), en crémant, en moelleux comme en liquoreux. Mention spéciale au Quarts de Chaume 2013, élevé un an en barrique, 180 g de sucre résiduel : un délice de fruits confits, chocolat blanc, noix fraîche et des notes de champignon (40 € la demi-bouteille). Une pure beauté, qui nous rappelle encore une fois que de grands liquoreux se trouvent aussi ici, et qu’il ne faut pas les oublier. « Si seulement nous avions, comme Vouvray ou Montlouis, la possibilité de vinifier tous types de blancs sous la même appellation », déplore Jo Pithon. « Il faut aussi, pour qu’un vignoble se porte bien, de vraies locomotives, grandes maisons ou négoces, qui tirent tout le monde vers le haut. Je rêve du jour où il y aura cela en appellation Anjou ». Pour la prochaine génération ?


*Jo Pithon s’est associé en 2008 avec Joseph Paillé, le fils de son épouse Isabelle. Ce dernier est, depuis, parti sur de nouveaux projets en Catalogne, au domaine Benastra, mais le nom du domaine demeure Pithon-Paillé.