Alors que Valentin Leflaive a installé depuis peu sa cuverie et ses caves à Oger, Terre de Vins est allé à la rencontre de ce négociant bourguignon implanté depuis 2015 en Champagne, pour découvrir les vins clairs qui serviront à l’élaboration de 14 cuvées lieux-dits.

D’habitude, ce sont plutôt les Champenois qui investissent en Bourgogne (Moutard, Bollinger, Henriot…) L’inverse est moins fréquent. Olivier Leflaive cherchait à diversifier son activité. Ayant acquis une belle notoriété pour ses blancs, il aurait pu investir dans les rouges sur la Côte de nuits pour mener une autre aventure bourguignonne. Il a préféré exporter son savoir-faire dans les blancs en l’appliquant à un autre grand terroir qui travaille avec les mêmes cépages : la Champagne, et essentiellement la Côte des Blancs, « véritable pendant de la Côte de Beaune ». L’objectif : obtenir le même style qui caractérise la famille Leflaive – droiture, fraicheur, précision.

Lorsque Olivier Leflaive a créé sa structure de négoce en 1984 pour élargir la gamme 100% Puligny du domaine familial, il a tout de suite eu la volonté d’acheter à terme directement en raisins, une démarche qui n’était pas si commune en Bourgogne, où les négociants éleveurs avaient une place importante. En Champagne, l’objectif est identique. Après avoir débuté comme marque d’acheteur en 2015, la Maison Valentin Leflaive vient de décrocher sa carte de Négociant-Manipulant ce qui devrait lui permettre d’aller plus loin dans sa politique bourgognisante. L’année dernière, elle avait déjà lancé trois monocrus. À l’avenir, avec comme point de départ les vendanges 2020, elle devrait étoffer sa gamme en commercialisant 14 nouvelles cuvées lieux-dits ! Bien-sûr, pour parvenir à réunir les raisins nécessaires (déjà 25 ha et 27 lieux dits) il a fallu recruter un chef de cave ayant un joli réseau dans le vignoble. La Maison a fait appel à Christophe Pitois, lui-même issu d’une famille vigneronne et ancien chef de cave de la maison Lombard où il a initié l’approche parcellaire.

Christophe Pitois a dû surmonter deux obstacles. D’abord, parvenir à convaincre les vignerons d’accepter de ne livrer qu’une part infime du raisin de leur domaine alors qu’ils trouvent toujours plus pratique de s’engager avec des négociants qui leur achètent des volumes conséquents. Ensuite, trouver des vignerons qui ont sur ces lieux-dits des parcelles assez étendues pour remplir un pressoir.

Jean Soubeyrand, président d’Olivier Leflaive, a été frappé en arrivant par la relation inversée qui existe en Champagne où « la fierté du vigneron réside dans la notoriété de la marque à qui il vend. En Bourgogne, les vignerons s’en moquent. La seule chose qui les pousse à se tourner vers tel ou tel acheteur, c’est le montant du chèque. Ils sont d’abord fiers de leurs parcelles. Du Puligny-Montrachet Premier Cru Les Folatières c’est normal que je te le vende cher, tu as vu ce que je te donne ! » Mais cette nouvelle approche séduit de plus en plus les vignerons livreurs champenois, car elle valorise justement davantage leurs terroirs dont les richesses spécifiques sont reconnues. On peut imaginer les conséquences sur l’appellation si une telle démarche se généralisait, avec comme en Bourgogne une différenciation accrue des prix du raisin comme du foncier, alors qu’ils sont comparativement plutôt homogènes en Champagne. Du côté du consommateur, cela amènerait une connaissance plus précise du terroir champenois, les caractéristiques de ces lieux-dits relevant jusqu’ici uniquement du savoir des chefs de cave. En revanche, on pourrait craindre une complexification de la lisibilité de l’appellation.

Les choix techniques au service de l’expression des lieux-dits

Du côté technique, le défi de Valentin Leflaive est d’arriver à faire ressortir les caractéristiques de chacun de ces lieux dits. Le côté très solaire des dernières vendanges a orienté la sélection. « 2019 ou 2020 ce sont des millésimes qui sont plutôt charmants, accessibles… mais pour l’amoureux du terroir, son expression est davantage gommée par rapport à des millésimes frais. » On a donc souvent choisi des lieux-dits avec une exposition moindre ou plus en altitude, comme les Roches, situé sur les hauteurs d’Avize. « Sur ce cru on trouve un chardonnay qui s’exprime d’habitude sur des arômes de fleur blanche. Mais là, on a davantage le côté minéral amené par le lieu-dit lui-même. » Après quelques hésitations, Valentin Leflaive a choisi d’élargir son terrain de jeu au pinot noir. Là-aussi on a sélectionné certains terroirs connus pour leur exposition au Nord comme les Corettes à Verzenay avec une expression plus « féminine du pinot ». Sur ce cru, la Maison disposera bientôt d’une belle gamme : elle a déjà un blanc de noirs monocru, et elle composera aussi un rosé d’assemblage à partir de pinot noir et de chardonnay (de Verzenay !), ainsi qu’un rosé de saignée issu du lieu-dit les Marquises.

www.valentin-leflaive.com