En Bourgogne, les vendangeurs ont soif et la vigne aussi. Chaleur, sécheresse et petits volumes pourraient donner naissance à un millésime hors-normes. Les blancs ont été plus particulièrement impactés par des conditions météorologiques exceptionnelles.

“Nous passons des palettes de bouteilles d’eau”, constate Laurent Monnet, chef de Culture du Château de Santenay devant un rang de vignes de l’appellation Mercurey où s’activent des vendangeurs en sueur. Les coupeurs ont soif et ils ne sont pas les seuls. La vigne tire la langue elle aussi. Les signes ne trompent pas : les feuilles jaunissent précocement et rapidement. “Les pieds sont tentés de puiser l’eau là où elle se trouve, c’est à dire dans les raisins”, explique Jean-Philippe Archambaud, directeur du château. Il n’a quasiment pas plu au mois d’août et pas une goutte d’eau n’est tombée en septembre. Une situation de sécheresse qui est venue s’ajouter à un printemps chaotique, avec des coups de froid (le gel a plus particulièrement atteint le Mâconnais), et une période de floraison qui n’a guère été favorable à une fécondation optimale des grappes. Enfin les épisodes caniculaires ont échaudé quelques raisins également. Résultat, le millésime 2019 s’annonce faible en volume, voire très faible en blanc.

La diversité de situation d’une parcelle à l’autre, selon la quantité d’eau dont elles ont bénéficié lors des averses orageuses d’août, oblige les vignerons à être particulièrement réactifs. Il faut aussi veiller à ne pas basculer en surmaturité. D’autant que le vent s’est mis de la partie ces derniers jours. Les cheminements de récoltes habituels s’en trouvent bousculés par la météorologie hors normes de l’année.

“La récolte se fait ‘en W’ souligne François Labet, Président du BIVB et vigneron à Vougeot. C’est-à-dire que nous passons d’une parcelle à l’autre, du nord au sud, du sud au nord. Il n’y a absolument rien de classique”.

D’un point vue qualité, les signaux sont au vert vif. Malgré des concentrations en sucre très élevées, voire exceptionnelles, les acidités se sont bien maintenues, peut-être sous l’effet de nuits restées fraiches. Les raisins sont sains et ne réclament pas de tri, si ce n’est d’écarter les quelques baies desséchées par les coups de chaud de juillet.

“Je crois que c’est un millésime que je ne rencontrerai pas de sitôt dans ma vie. Les équilibres sont parfaits, explique Lauriane André au domaine Françoise André à Beaune. C’est simplement dommage que l’on ne puise pas en avoir davantage dans la cave”.