(Photo L. Gotti)
(Photo L. Gotti)

Entre Chassagne-Montrachet et Meursault, une dizaine de kilomètres pas plus. Assez pour parcourir un concentré de Bourgogne et rencontrer des blancs hors-normes… Le patchwork des climats et des AOC bourguignonnes dans toute sa splendeur, avec ses multiples expressions, son histoire, ses légendes même. Et au milieu le roi Montrachet.

Commençons au sud. « Chassagne-Montrachet : les meilleurs vins blancs du Monde », peut-on lire en grands caractères sur un mur du village. Chassagne partage avec Puligny le plus mythique des grands crus de la Côte des Blancs. « Le Montrachet devrait être bu à genoux et tête découverte », a écrit Alexandre Dumas. Huit hectares capables de produire un vin d’une rare concentration, évoquant des notes d’agrumes, de miel, d’épices. Il est entouré d’une belle famille (Chevalier-Montrachet, Bâtard-Montrachet, etc.).
L’AOC a donc fortement « blanchi » ces quarante dernières années. Aujourd’hui près des deux tiers de la production est blanche. Les plus beaux terroirs sont d’ailleurs dévolus au chardonnay, les grands crus évidemment, mais aussi une large gamme de premiers crus. On retiendra que les vins de Chassagne sont plutôt souples, avec un surcroît de puissance et de gras lorsque l’on aborde les premiers crus.

Ce serait une erreur de négliger les rouges du village. Les belles cuvées se présentent avec beaucoup de générosité sur des arômes de cerise et plus généralement de petits fruits rouges et noirs.
Empruntons la combe qui nous invite à nous enfoncer vers le nord. Les premières vignes de Saint-Aubin se déploient déjà. C’est incontestablement la quatrième étoile de la côte des blancs (avec Meursault, Puligny et Chassagne-Montrachet). Pourtant ce village, plus en retrait, plus petit (140 hectares) et plus en hauteur, a dû faire davantage d’efforts pour valoriser ses vins. Ce qui explique certainement sa remarquable homogénéité qualitative. Un Saint-Aubin déçoit rarement. Sa classe réside dans un équilibre subtil entre une fraîcheur et une richesse onctueuse lui assurant une grande harmonie au palais.
Pas de grands crus ici mais des premiers crus au caractère bien trempé. Là aussi, les blancs occupent les meilleurs terroirs. Bien faits, les rouges offrent généralement un joli fruité, à apprécier dans leur jeunesse.

Ce petit détour accompli, nous pouvons à présent retrouver le Mont Chauve (signification de Montrachet) côté Puligny-Montrachet. L’occasion de faire davantage connaissance avec le roi et sa suite : chevalier-montrachet, bâtard-montrachet, bienvenues-bâtard-montrachet. Un observateur lucide, quelle que soit sa nationalité, ne conteste pas qu’ici se produisent certainement les blancs les plus complexes, les plus profonds et les plus aptes à la garde qui puissent exister. Mais Puligny est aussi riche en premiers crus de haute volée : Les Caillerets, La Pucelle, Les Folatières, Les Combettes…

Tout en restant dans la même famille, le style des vins de Puligny-Montrachet diffère de ces voisins, Meursault et surtout Chassagne-Montrachet. Davantage épuré, évoquant souvent des notes d’agrumes, de pomme verte, ou de petites fleurs blanches, ils séduisent les amateurs de vins finement « ciselés ».

Terminons notre voyage à Meursault. Les vins de ce village inspirent les producteurs de chardonnay de tous les horizons. Dans ce gros bourg où les belles maisons bourgeoises abondent, les vignerons peuvent s’enorgueillir de vivre dans la capitale des grands vins blancs de Bourgognes. « Meursault » est presque devenu un style : des vins riches, gourmands, aux arômes de beurre et de noisette. Depuis plusieurs années, les vignerons du village s’emploient à mettre davantage en valeur leurs terroirs délaissant l’opulence et les notes aromatiques flatteuses du fût de chêne. Meursault sait être minéral, tendu, élégant… Un gage de pérennité dans un marché mondial envahi par des vins patauds voire sucrés.
Plus que jamais, les variations d’expression des premiers crus et même des différents secteurs en appellation village apparaissent dans toutes leurs nuances. Et des nuances, Meursault et ses 370 hectares en compte un grand nombre. Entre un Charmes, tout en rondeur, en suavité et un Perrières minéral et austère dans sa jeunesse, il y a un monde d’écart. Et pourtant, une route sépare ces deux premiers crus…