Le 26ème salon Millésime bio s’annonce sous de bons auspices. Il espère franchir la barre des 6000 visiteurs (5700 l’an dernier) pour près de 1200 exposants dont un quart internationaux (une centaine d’Italie, 80 d’Espagne…) sur une surface d’exposition étendue à 21000 m2. Prix, volumes et surfaces en viticulture biologique s’affichent à la hausse mais quelques paradoxes devraient pointer le bout de leur nez entre les allées du salon.

Millésime Bio représente environ 40% de l’offre bio en volume dans l’Hexagone. Une belle performance et dans ce contexte, Patrick Guiraud se félicite de l’augmentation des conversions qui repartent à la hausse depuis 2017 (+26%) avec un total des surfaces certifiées ou en conversion de 78 500 ha. Par ailleurs, la consommation française de vin bio ne cesse de progresser et devrait dépasser les 17 M de caisses en 2022, contre 9,26 en 2017, soit une croissance de 13,3% par an, à comparer avec le recul des vins conventionnels de 2,9%. « La première clé du consommateur est sa santé, comme pour le vigneron, et l’environnement arrive en deuxième motivation de l’acte d’achat ». Le chiffre d’affaires des vins bios s’annonce aussi en croissance; selon la dernière étude de SudVin Bio, il pourrait atteindre en 2022 1,6 Mrd€ (+14% soit le double en cinq ans). Les prix sont également à la hausse avec un prix moyen à 6,14€ contre 4,62€ pour un vin conventionnel.

Manque de volumes et hausse des prix

Autant d’indicateurs rassurants mais avec quelques bémols à ne pas négliger. Patrick Guiraud estime que SudVinBio a un rôle d’accompagnement à jouer pour aider à la conversion, les volumes actuels n’étant pas toujours à la hauteur de la demande. Le taux de conversion des surfaces avoisine les 4% en France mais celui de nos principaux concurrents est bien plus élevé : il atteint 11% en Espagne, 24% en Italie, « question d’ensoleillement bien sûr mais aussi de coût de main d’œuvre et la pyramide des âges n’aide pas car il est plus difficile de convaincre les plus de 50 ans qui pas-seront bientôt la main à se convertir » reconnait le président. En Occitanie, on enregistre même en parallèle de plus de 360 conversions en 2018, une dizaine de sorties de bio dues principalement à des départs en retraite ou des cessions.

Ainsi les surfaces de l’Hexagone qui ont pourtant triplé en une décennie peine toujours à dépasser les 10%. Difficile dans ces conditions de faire suffisamment de lobbying pour développer des modules bio dans les écoles de formations agro-viti.

Côté prix, ils progressent indéniablement ces dernières années mais cette inflation est davantage due à la pénurie du produit qu’à une réelle valorisation. La faute surtout à une succession de petits millésimes dus au gel, à la sécheresse et aux attaques successives de mildiou, mais aussi au manque de négociants 100% bio dans l’Hexagone. Face à la progression accélérée de la demande, les prix explosent même en GD (23 M de bouteilles bio vendues en grandes surfaces, soit 15% de PDM). Patrick Guiraud voudrait profiter de cette tendance favorable pour « inciter les producteurs à augmenter les prix de 20% en cinq ans afin de mettre en place une économie durable ». Pas sûr que le consommateur accepte encore une nouvelle flambée tarifaire même si elle peut être justifiée par les baisses de rendements de la production. Et si on pousse le raisonnement un peu plus loin, on peut s’interroger sur la pertinence d’approvisionner davantage le circuit de la GD. « Si j’y réfléchis bien, je produis du vin plutôt pour le vendre en circuits courts et pas trop loin de chez moi sinon je ne suis plus en adéquation avec mon éthique », avoue Patrick Guiraud. Mais la croissance est principalement tirée par les villes et la GD où fleurissent des étagères bio à tous les coins de rayon. Autant de paradoxes qui devraient être évoqués dans les allées du prochain Millésime Bio.

Programme détaillé sur www.millesime-bio.com

Suivez Millésime Bio sur Terredevins.com du 28 au 30 janvier.