Le centre du Rosé, pôle d’expérimentation et de recherche dédié au rosé, a fêté ses 20 ans en novembre à la Bastide Saint-Julien, au cœur du Var en compagnie de toutes les personnalités qui ont émaillé son histoire depuis 1999. L’occasion de revenir sur l’évolution et les projets de cette structure unique au monde.

20 ans et près de 50 nuances de rosés pour fêter l’anniversaire du Centre du Rosé en ce mois de novembre. Le pôle d’expérimentation et de recherche dédié au rosé s’était offert pour l’occasion un nouveau nuancier géant pour travailler sur les couleurs et le vocabulaire des vins de Provence et d’ailleurs. Cette épopée de deux décennies n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Les Côtes-de-Provence ont dû se battre pour obtenir l’implantation du centre à Vidauban dans le Var, au cœur de l’appellation la plus importante en volumes sur cette couleur. L’initiative venait de l’ITV (Institut Français de la Vigne et du vin) qui avait lancé l’idée de mettre en œuvre un pôle de recherches par couleur ; le projet Rosé, porté par la Chambre d’Agriculture du Var, avait été défendu dès le départ par toutes les familles de producteurs et négociants, et les appellations provençales au complet, y compris Cassis, Bellet, Bandol, Palette, et les vins de Pays qui n’avaient pourtant pas encore une orientation rosé affirmée. “Nous avons su bien avant que le rosé n’ait le vent en poupe que l’avenir dépendait de l’amélioration de la vinification, de la conservation et de la personnalisation des vins, évoque Gilles Masson, directeur depuis 1999. A l’époque, le vin était plus vineux et structuré, souvent oxydatif, pas toujours élaboré à partir de raisins mûrs et quand je suis arrivé de la vallée du Rhône avec un diplôme d’œnologie en poche et un doctorat en science des aliments, ça n’était pas de l’opportunisme. J’entendais plutôt des remarques comme ‘Un centre du Rosé? Mais tu es fada mon pôvre petit !!'”

Le rosé n’était pas du vin

Dans les années 1990, non seulement le rosé était loin d’être à la mode (moins de 10% consommés en France contre 32% actuellement) “mais nous perdions presque 1000 hectares de vignes par an dans le département suite à une campagne d’arrachage financée par la CEE, rappelle Claude Bonnet, premier président du Centre du Rosé. Les autres régions nous disaient que le rosé n’était pas véritablement un vin et les producteurs n’étaient pas véritablement des vignerons ; les cours des côtes de Provence et du vin de pays étaient à un quart de ceux d’aujourd’hui”. Régine Sumeire avait pourtant déjà élaboré ce rosé couleur pétale de rose au milieu des années 80. L’histoire s’est ensuite écrite collectivement pour inventer le rosé type Provence grâce au bras armé technique de l’interprofession. “Ce vin clair, frais et parfumé, à la fois pâle et expressif, n’existait pas ; c’est une vraie invention”, surenchérit Gilles Masson. Et de rappeler que sa délicatesse, son acidité justement dosée, son caractère rafraîchissait sur le registre aromatique des agrumes lui ont conféré “ce qu’on appelle aujourd’hui de la buvabilité qui invite à se resservir un verre puis un autre… et tiens, la bouteille est finie”.

Bientôt un nouveau centre, toujours à Vidauban

Le Centre du Rosé a planché sur une vinification particulière, “minutée et millimétrée”, à partir de raisins à maturité avancée parfois à 13-13,5° récoltés de nuit (même si la moyenne est toujours à 12,75° depuis 15 ans), avec un pressurage rapide. La maîtrise du froid qui a facilité des débourbages clairs et des fermentations contrôlées pour une franchise aromatique et les expérimentations sur l’inertage mettant les raisins à l’abri de l’oxygène pour plus de stabilité ont été prépondérants dans la progression qualitative. L’équipe a guidé les investissements matériels chez les vignerons, a multiplié les formations, créé le premier nuancier de couleurs rosé, mais également des jurys d’experts pour la dégustation des rosés, les Premières Rencontres Internationales du Rosé en 2004, le premier livre sur le rosé en 2009, une banque de données de plus de 10 000 vins en provenance d’une trentaine de pays sur 15 ans. “La bataille en 2009 au niveau européen contre l’assemblage de rouge et de blanc a aussi été une étape majeure” se souvient Eric Paul, président des IGP.

Le centre de Vidauban qui réalise 2,5 millions d’analyses par an réfléchit aujourd’hui à la différenciation des terroirs, et pour affronter le réchauffement climatique, sur les nouveaux cépages comme le vidoc, l’artaban, plus résistants à la sécheresse, sur le retour du caladoc et du rousselie, plus acidulés et peu alcogènes, sur la conduite de la vigne, la désalcoolisation partielle…
Le projet de nouveau Centre du Rosé est toujours à l’étude. Les financements ont été votés; son emplacement qui a fait l’objet de batailles politiques depuis plusieurs années devrait être maintenu sur Vidauban en Côtes-de-Provence. “Il ne reste plus qu’à trouver le terrain” conclut le président du Centre, Bernard Angelras.

Photos F. Hermine et DR – Archives de l’inauguration en 1999