(Photo JM Brouard)
(Photo JM Brouard)

Ce cru du Haut-Médoc, loin d’être le plus médiatisé, n’en est pas moins l’une des progressions les plus remarquables de ces dernières années sur la rive gauche, couronnée de succès cette année.

Les années de travail auront fini par payer. Et le chantier était pour le moins titanesque. Mais Paul Bordes et Aymar du Vivier ont, comme ils le rappellent, “réveillé une belle endormie”. Après 20 ans de fermage où quasiment aucun investissement n’avait été consenti pour maintenir le niveau qualitatif de la propriété, tout devait être repensé. Les vignes, évidemment, avec une réorientation globale vers davantage de cabernet sauvignon et un abandon du cabernet franc qui ne se plaît pas sur ces terres de graves günziennes. Des replantations massives aussi, notamment en complantation, afin de porter la densité à des niveaux bien plus élevés que dans le passé (10 000 pieds/ hectare contre 5000 à 6000 auparavant). De nouvelles techniques aussi comme “l’UV Boosting” qui permet de renforcer les ceps face aux maladies cryptogamiques. L’arrivée de Stéphane Derenoncourt comme œnologue conseil qui va insuffler une nouvelle vision pour le cru. Et bien sûr, des outils techniques dignes de ce nom avec un nouveau chais conçu par Sylvain Dubuisson et permettant une approche gravitaire et parcellaire en vinification. Et tout cela avec un objectif évident qu’Aymar édicte sans détour : “il n’était pas question que nous soyons autre chose qu’un Cru Bourgeois Exceptionnel”. Objectif atteint puisque la consécration a été obtenue en début d’année avec l’accession au plus haut niveau dans le nouveau classement des Crus Bourgeois.

Et maintenant, le blanc !

Les vins de la propriété parlent d’eux-mêmes, à commencer par le Baron de Malleret. Le 2018 est à lui tout seul un puissant rabatteur de caquet à tous les esprits chagrin qui n’ont toujours pas compris que certains des (vrais et sérieux) vins de copain se trouvaient dans le Bordelais. Pour une douzaine d’euros, voilà un vin fier à la trame tannique rectiligne, fluide, veloutée qui charme au premier contact et se rappelle à vous pendant un long moment. Le château de Malleret rouge est plus sérieux mais d’une grande droiture, particulièrement réussi par exemple sur un millésime hors normes comme 2015. Et la gamme vient juste de s’étoffer avec une incursion dans le monde des blancs, jadis majoritaires dans la région. Une année 2020 qui sera donc à marquer d’une pierre blanche pour Malleret qui ouvre une nouvelle page de son histoire. Par nécessité de terroir mais aussi par goût de Paul, cette cuvée en appellation Bordeaux blanc est un mono-cépage, du 100% sauvignon (22€ TTC). De très jeunes vignes de 4 ans plantées sur 1,3 hectare n’ayant donné pour ce premier millésime 2019 que 3000 bouteilles. Avec un résultat déjà plus qu’appréciable. Un nez citronné, une pointe de pêche, de l’ampleur en bouche mais sans lourdeur, de très beaux amers et une finale qui s’étire avec beaucoup de fraîcheur. Un vin comme un symbole de l’épanouissement du château de Malleret qui possède de sérieux atouts pour venir titiller les très bons blancs secs de la région. Un défi de taille qui devrait, à n’en pas douter, être relevé dans les prochaines années.