(photo AFP)
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Cent dix kilomètres de caves taillées à la main dans un banc de craie où vieillissent plus de 200 millions de bouteilles: un trésor sommeille sous l’avenue de Champagne à Épernay (Marne), l’une des artères les plus riches du monde.

Le sentiment d’opulence s’installe dès la surface. Car cette avenue rectiligne de plus d’un kilomètre, classée au patrimoine mondial de l’Unesco en 2015, est bordée depuis le 19ème siècle d’hôtels particuliers fastueux et des sièges luxueux des plus grandes Maisons du négoce champenois.

Tout commence en 1793 avec Jean-Rémy Moët. “Il est le premier à s’installer hors les murs de la ville sur ce qui s’appelait alors le faubourg de la Folie, du nom d’une petite construction de campagne” raconte Véronique Foureur, responsable du patrimoine et de la mémoire chez Moët et Chandon.

“Jean-Rémy Moët s’installe ici, au dessus d’un embryon de caves, parce qu’il y avait de la place pour développer sa production de vins effervescents” poursuit l’historienne maison. Le faubourg de la Folie se prolongeait en outre par la route royale Paris-Strasbourg propice à la commercialisation et au transport du champagne.

En 1849, la création de la section ferroviaire Paris-Épernay sur la ligne Paris-Strasbourg, parallèlement à l’avenue de Champagne, conforte la vocation logistique du secteur. Moët et Chandon reste aujourd’hui avec 28 kilomètres de caves sur trois niveaux et plusieurs dizaines de millions de bouteilles stockées le premier réseau souterrain de l’avenue. Seuls huit kilomètres sont visités chaque année par environ 80.000 touristes venus du monde entier.

“J’ai mis quelques jours avant de m’y retrouver”, confie Andréa Marx, l’une des guides maison indispensables pour ne pas s’égarer dans cet impressionnant labyrinthe de galeries et de caveaux où subsiste encore la mémoire des nombreuses visites que rendit Napoléon 1er à Jean-Rémy Moët, fournisseur officiel de la famille impériale.

Une ville sous la ville

A plus de trente mètres de profondeur et à une température constante d’environ 11°, ces caves forment une véritable ville sous la ville. “Des caves Moët, on peut théoriquement atteindre celles de la Maison Perrier, tout en haut de l’avenue”, qui est considérée comme “la plus riche du monde”, confirme Andréa Marx.

Creusées à partir de 1870, les caves Perrier constituent le second réseau de l’avenue avec 18 km, dont la galerie Pékin longue d’un kilomètre.

Au-dessus, le Château Mercier est quant à lui la plus invraisemblable perle de l’avenue. Construit au milieu du 19ème siècle par Charles Perrier, héritier de la Maison Perrier-Jouët, ce bâtiment ostentatoire à l’incroyable variété de styles est actuellement en rénovation. Il accueillera en février 2020 le musée du vin de Champagne et d’archéologie régionale. Il marque une forme de paroxysme dans la compétition architecturale que se livrent depuis le début du 19ème les maisons les plus fortunées. Les nombreux hôtels particuliers, maisons de maître et autres demeures de prestige en portent tous témoignage.

Depuis sa rénovation en 2009, l’avenue est d’ailleurs devenue le lieu de toutes les fêtes et de toutes les parades oeno-touristiques dont, en décembre, l’opération Habits de Lumière qui rassemble chaque année plus de 50.000 curieux.

Les châteaux reprennent en général l’ordonnancement aristocratique : un corps de logis prolongé de deux ailes donnant sur une cour pavée à l’avant et un jardin à l’arrière. Derrière les façades luxueuses se cache pourtant tout un monde de celliers, de pressoirs et de descentes aux caves, rappelant que l’avenue de Champagne reste un lieu de production et de commercialisation où travaillent quelques centaines de salariés.

Par Dominique CHARTON pour AFP