Après plusieurs années de croissance, les exportations de vins et spiritueux affichent sans surprise un net recul en 2020, en volume et surtout en valeur, et principalement dans les pays tiers.

“L’arrêt brutal des exportations en baisse de près de 14% à 12,1 milliards d’euros marque un arrêt brutal qui nous ramène, après une croissance ininterrompue, cinq ans en arrière au niveau de 2016, annonce d’emblée César Giron (Pernod-Ricard), le président de la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux (FEVS). Une année hors normes marquée bien sûr par l’impact planétaire du Covid qui a engendré la fermetures des bars, hôtels et restaurants et l’arrêt des rassemblements festifs, par l’impact des taxes américaines sur les vins depuis la fin 2019 et par les incertitudes avant l’accord du Brexit”. Avec des volumes affichés à 183,3 millions de caisses en baisse de 5,8%, il s’agit du plus faible niveau de vins et spiritueux exportés par la France depuis 2009. Les exportations sont réparties pour deux tiers en vins, un tiers en spiritueux en termes de chiffre d’affaires. “L’impact en valeur est comparable avec une perte d’environ 1 milliard € chacun, mais si les baisses en volumes sont plus contenues, la perte en valeur est deux fois supérieure aux pertes volumes, précise César Giron. Malgré cela, on peut estimer que la filière est résiliente car elle est toujours le deuxième contributeur a l’excédent de la balance commerciale à 11 milliards € (-13,4%) et si on déduit les aides de l’état évaluées à 80 M€ pour stocker et distiller les vins, elle devient même le premier contributeur net devant l’aéronautique. Il ne faudrait donc pas sacrifier notre filière sur l’autel de l’aéronautique dans le cadre du conflit Airbus-Boeing”. Si les Etats-Unis et l’Asie sont en forte chute, on constate que les marchés européens ont limité la casse, surtout en volume, compensant la fermeture des CHR par la consommation à domicile; certains marchés d’Europe du Nord (Pays-Bas, Danemark, Suède) affichent même des chiffres en progression.

Le grand export en souffrance

Les vins ont baissé de 5,1% à 132 millions de caisses (de 12 bouteilles), à 8,2 milliards € (-11,3%). “Quasiment toutes les appellations sont touchées et on constate une forte dégradation du prix moyen de vente, de l’ordre de 10 à 20%”, regrette le vice-président de la FEVS Antoine Leccia (AdVini). La baisse est moindre pour les vins tranquilles (-7% en valeur, -3,8% en volume) comparés aux champagnes à -17% en volume, -20% en valeur. “La situation dans les Pays-Tiers qui ont longtemps tiré la croissance (accaparée à 80% par la Chine et les Etats-Unis) est en perdition. On enregistre sur ces marchés des chutes inquiétantes (aux Etats-Unis, -23% pour les bordeaux, -30% pour les vins du Languedoc, -19% pour les bourgognes, -30% au global en Chine pour les vins tranquilles) alors que l’Europe est relativement stable avec des ventes en CHR compensées par le retail surtout en volume et non en valeur, ce qui nous fait dire que la filière s’est appauvrie avec une dégradation des rentabilités” estime Antoine Leccia.

Coups d’arrêt à répétition

Les vins en sont à leur troisième coup d’arrêt, d’abord celui subi à la suite des accords bilatéraux fin 2018 signés entre la Chine et l’Australie puis avec le Chili qui avait fait perdre à la France 20% de parts de marché. “La remise des taxes sur les vins australiens pourrait peut être nous aider à regagner des parts de marché en 2021. Le deuxième coup d’arrêt avec les 20% de taxes Trump fin 2019 avait engendré une chute des ventes et une perte de profitabilité (le prix moyen d’une caisse de vin aux Etats-Unis avoisine aujourd’hui les 65 € contre 32 € en Grande-Bretagne)”. La troisième chute est directement liée à la pandémie même si les ventes en grandes surfaces et même en hard discount, notamment en Allemagne, ont compensé à la marge.

Quant aux spiritueux (48,5 millions de caisses à -8,4% pour 3,8 milliards € à -19,4 %), ils affectent essentiellement le cognac qui pèse les trois quarts des expéditions (en valeur) “et les taxes Trump de janvier étendues au cognac et à l’armagnac risquent de peser lourd” précise César Giron. Les ventes se sont effondrés en Asie en général surtout sur les principaux marchés que sont Singapour, la Chine et Hong-Kong marqués par l’arrêt du travel retail sur la zone, mais également aux Etats-Unis et la Grande-Bretagne reste dans l’incertitude.

De nouveaux espoirs

“On espère quand-même un regain d’activités en 2021” estime Antoine Leccia. Car la consommation globale de vin aux Etats-Unis n’a pas chuté en 2020 (369 millions de caisses). Suite aux incendies en Californie, la production locale a chuté de 30% mais la situation a surtout profité aux vins italiens (à plus de 14° donc non soumis aux taxes) et aux vins néozélandais. “Nous avons de nouveaux espoirs, même si l’administration Biden ne s’est pas encore prononcé sur le sujet des taxes et que cela risque de prendre du temps, peut-être pas avant le mois d’août, reconnait César Giron. De nombreux restaurateurs, notamment de Floride, se sont déjà manifesté auprès de leurs administrations car le secteur est aussi pénalisé par ces taxes sur les vins français”. Par ailleurs, la Chine vient de taxer les vins et spiritueux américains, ce qui pourrait représenter pour la France une nouvelle opportunité de regagner des parts de marché.