(photos Jean-Michel Brouard)
(photos Jean-Michel Brouard)

A la tête de son domaine du Beaujolais depuis 2007, Fabien Duperray a également initié une collaboration dans le Mâconnais avec Christophe Thibert pour produire de très beaux vins blancs.

Pas facile de devenir vigneron et de créer un domaine ex nihilo. C’est pourtant ce beau pari qu’à relevé Fabien Duperray en 2007. Parcelle après parcelle, il a ainsi constitué un ensemble cohérent, représentatif du Beaujolais avec un aéropage de crus, de Moulin-à-Vent à Fleurie, en passant par Morgon et Chénas. Depuis le début, la philosophie associée à cette aventure est apparue comme une évidence à Fabien. La biodynamie allait être au cœur de son travail. Sur ce domaine Jules Desjourneys, il va expérimenter beaucoup de choses au fil du temps, notamment au niveau de la vinification. Si la grappe entière est ici le mot d’ordre, les réflexions n’en demeurent pas moins nombreuses sur les contenants pour la vinification, les temps de cuvaison, d’élevage. Certains vins sont ainsi élevés dans des conquets, cuves enterrées à l’extérieur. Le vin subit ainsi les variations de températures. Une autre idée vient de germer dans l’esprit de Fabien. Celle d’essayer d’élever une partie de ses cuvées dans de très grosses dame-jeannes en verre. Ce pragmatisme transparaît bien dans l’évolution du style de ses vins. Sur les millésimes 2009 et 2010, ses crus du Beaujolais avaient été ramassés avec une très grande maturité et étaient élevés longtemps. Leur style aujourd’hui s’avère donc marqué par des tannins massifs et un fruité particulièrement mûr évoquant presque les fruits confits. Totalement déroutant tant on est ici loin de l’expression classique, fraîche, croquante et vibrante du gamay. Toutefois, ce style a vite évolué et ses 2014 s’avèrent plus abordables et typiques. Son Fleurie « la chapelle des bois », issu de très vieilles vignes de 70 à 135 ans, présente par exemple un nez mêlant fruits rouges et cannelle ainsi qu’une bouche d’une prestance remarquable. La réduction du temps d’élevage et du bois n’est pas étrangère à cette évolution de style.

Une association magique avec Christophe Thibert

Fabien ne se contente pas d’explorer les terroirs magiques du Beaujolais. Il ose s’aventurer plus au nord, en Bourgogne, là où se trouvent nombre de ses amis, Arnaud Ente en tête. C’est dans le Mâconnais qu’il va jeter son dévolu en proposant à l’héritier d’une vieille famille de vignerons de la région, les Thibert, de s’associer avec eux pour donner naissance à de très grands vins blancs modernes, tout à la fois puissants et extrêmement frais et ciselés. Christophe Thibert avait un beau patrimoine de vignes, Fabien un véritable savoir-faire. C’est ainsi qu’est née leur collaboration. Chose assez remarquable, les deux associés décident de mettre en valeur certains terroirs parfois moins connus du public. Leur offre comprend donc depuis le millésime 2014 (premier millésime où ils bénéficient de suffisamment de volumes à commercialiser) trois Pouilly – Loché, Vinzelles et Fuissé – ce qui est assez rare dans une gamme, épaulés par du Saint-Véran. Les vins produits en 2014 (autour de 35€) sont des modèles du genre. Fabien se plaît à dire qu’il voulait « produire des blancs du Mâconnais dans la veine des Meursault de Jean-François Coche-Dury, [son] mentor ». Le résultat est troublant de précision, d’ampleur, de concentration tout en conservant des acidités vives qui renforcent le côté aérien des vins. Le Pouilly-Loché charme par sa finale saline, le Pouilly-Vinzelles surprenant avec ses notes de cire. Des notes qui s’accompagnent d’une pointe miellée et d’une sapidité gourmande en fin de bouche sur le Saint-Véran. Le Pouilly-Fuissé enfin joue le registre citronné et charme avec sa jolie matière parfaitement digeste. De belles réussites en somme qui donnent envie de suivre le travail de Fabien. Notamment dès 2015 avec la sortie d’un très attendu Mâcon Fuissé.