À Janvry (petite Montagne de Reims), Alexandre Lamblot cultive 3,80 hectares avec plein d’idées en tête. Rêveur mais loin d’être utopiste, il a trouvé sa planche de salut en remettant la biodiversité en cœur de ses vignes.

Ça pousse. Devant, derrière et entre les rangs de vigne. Les arbres, essentiellement des fruitiers – il en a planté plus d’une centaine – ornent l’exploitation de ce vigneron engagé. Sous la houlette d’un père de l’agroforesterie, Alain Canet, dont il suit précieusement les conseils, framboisiers, pêchers de vigne, pommiers viennent ombrager les parcelles. Alexandre Lamblot entend stopper la monoculture, qu’il juge néfaste et signe d’une ère productiviste dont il ne veut pas.

Caviste, chef de rayon chez Metro à Paris, Alexandre Lamblot a eu le déclic à la naissance de son fils en 2013. Grand et mince, à la mine enjouée, il fait partie de cette nouvelle génération de vignerons qui font leur part. A la manière des colibris, il insuffle petit à petit le vent d’une Champagne non pas raisonnée mais raisonnable. Pour coller à cette philosophie qui se veut la plus naturelle possible : taille manuelle et minutieuse, broyage des bois à la parcelle, enherbement naturel des rangs, diffusion d’huiles essentielles…en fonction des lunes, bien sûr.

Alexandre Lamblot s’est affranchi très vite. En désaccord avec ses parents, il opérait déjà sa conviction en traitant (naturellement) en cachette les vignes familiales. “Mes parents n’ont pas la même philosophie, je ne leur en veux pas, mais je ne cherche pas le rendement.” Aujourd’hui, il est complètement autonome, a récupéré sa part du vignoble et opère sa conversion en viticulture biologique.

Le chemin de la nature

Avec un vignoble à dominante de meunier (60%) en sélection massale, 30% en pinot noir, 10% de chardonnay et des vignes d’un âge moyen de 38 ans qui lui offre un système racinaire développé, Alexandre Lamblot expérimente ce laboratoire à ciel ouvert quotidiennement. Sur la parcelle des Côtes Chéries, il s’initie au tressage, une technique qui permet de protéger la surface des vignes, un process vertueux mais qui prend du temps. Mais qu’importe.
Derrière le domaine, sa parcelle “test” de 22 ares est un terrain de jeu rêvé. “Nous n’allons plus travailler le sol, je vais planter des tomates sous les rangs de vignes, je veux avoir un sol auto-fertile pour qu’il se suffise à lui-même.”
Pendant le confinement, et parce que la vigne ne se confine ni se déconfine pas, Alexandre Lamblot n’a pas chômé. Influences biodynamiques en tête, il a réduit ses doses de cuivre (50g par passage) et compose avec ses préparations d’ortie, de prêle, tisane de pissenlit, d’achillée millefeuille, d’osier et de saule.
Dernière lubie, il récupère le petit lait que lui fournit Lait Brasseur, une fromagerie-brasserie en vente directe à 15 km, qui permet de lutter contre l’oïdium. Pas si ubuesque puisque le petit lait fait partie des alternatives au soufre dans un rapport publié par le Delinat-Institut dans le Valais (Suisse), une fondation d’utilité publique créée en 2009 qui se consacre au développement scientifique de stratégies écologiques en faveur d’une agriculture économique durable.

Ce cercle vertueux ne saurait être bouclé pour la maison de vignes de Janvry sans ses nichoirs à oiseaux, hôtels à insectes et un poulailler mobile avec des poules de réforme d’élevage local (et bio) qu’Alexandre est entrain de construire.

Cave d’essais naturels

Les expérimentations de ce “Monsieur toujours plus” se poursuivent en cave. Les vinifications et élevages se font en barriques, fûts et jarres. Non pas pour faire beau mais donner de l’amplitude aux vins en suivant “un moyen d’expression naturel”.
Les bouteilles sont remuées manuellement. “Cette année, je teste les poignettages en jour racine, fleur, fruit pour voir s’il y a une incidence sur le vin.”
Outre le calendrier lunaire, Alexandre Lamblot soigne sa chaîne vertueuse en utilisant des bouchons locaux, des muselets sans encre, des étiquettes en papier recyclé, des cartons 100% recyclables et a abandonné le traditionnel scotch pour les agrafes. Très averti sur l’état du monde, Alexandre Lamblot essaie d’habiter la petite planète champagne à sa façon. Un Walden* moderne en quelque sorte, qui jouit à profusion des dons de la nature.

Comme Alexandre, les (jeunes) vignerons champenois sont de plus en plus nombreux à s’engager et à reprendre l’exploitation familiale en allant au-delà du schéma du développement durable insufflé par la filière. A l’instar de Damien Goulard dont nous avions dressé le cheminement de sa conversion en viticulture biologique et Etienne Calsac, jeune vigneron de la Côte des Blancs qui a, seul, bâti son modèle de viticulture de demain, cette génération de “vigneronnials” est entrain de contaminer la Champagne, avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête désormais : la stabilité économique et financière des récoltants-manipulants post-pandémie.

Coup de cœur : Les Côtes Chéries, 100% meunier, fût de chêne, tiré liège, ample, infusion de fruits exotiques, délicat, dominante fraîche en finale. (80€)
Intuition Nature : 66% meunier, 22% pinot noir, 12% chardonnay, assemblage changeant d’une année à l’autre, fruité et minéral, finale légèrement saline (58€)
Ne pas hésiter à carafer les cuvées et utiliser des verres fins type Zalto.

*Walden ou la vie dans les bois – Henry David Thoreau- 1854