Le champagne Lanson qui fête cette année ses 260 ans présente sa nouvelle gamme : le Black Label revisité par le chef de cave Hervé Dantan, successeur de Jean-Paul Gandon, et deux cuvées inédites, « Le Blanc de Blancs » et le « Black Réserve ».

Fondée en 1760, la Maison a connu son apogée dans la première moitié du XXème siècle sous la direction de Victor Lanson. Profitant de la crise des années 1930, c’est lui qui constitue le premier grand domaine viticole de la marque. Un choix à contre-courant à l’époque, alors que le prix du raisin chute et que beaucoup de négociants liquident une partie de leurs vignobles, jugeant plus intéressant d’acheter le raisin que de le produire eux-mêmes. L’histoire raconte que le patron de la maison Moët & Chandon, au moment de céder une partie de ses vignes à Victor Lanson, lui aurait demandé ce qu’il comptait faire avec toutes ces terres. Narquois, Victor aurait rétorqué : « Écoutez, j’ai beaucoup d’enfants – c’était vrai il en avait onze – si ça ne marche pas, ce n’est pas grave, je planterai des patates ».

Mais la Maison va connaître à partir des années 1970 une succession de propriétaires avec des gestions plus ou moins heureuses : les frères Gardinier qui entrent dans le capital en 1975, BSN en 1984, LVMH en 1990 qui revend la Maison à peine quelques mois plus tard à Gaston Burtin, propriétaire de Marne et Champagne et spécialiste de la Grande Distribution. LVMH conserve alors le domaine viticole (202 hectares), ne laissant à la marque qu’un hectare de vignes, le futur Clos Lanson, situé en plein cœur de la ville de Reims. La Maison décline lentement mais sûrement : en 2004, elle se retrouve en rupture de paiement. C’est le moment que choisit le groupe BCC présidé par Bruno Paillard pour se porter acquéreur et mettre enfin en œuvre une politique cohérente et ambitieuse qui puisse faire revivre cette marque phare de l’appellation.

La nouvelle direction s’attache d’abord à reconstituer un domaine viticole qui compte aujourd’hui 57 hectares, dont 16 cultivés en biodynamie. En 2013, elle investit dans un chai à foudres et la création d’une cuverie parcellaire. Ces outils vont permettre à la Maison de jouer sur une gamme beaucoup plus large à l’assemblage et de tirer davantage profit de la diversité des raisins que la marque reçoit de ses 450 partenaires vignerons. La même année, Lanson recrute comme chef de caves Hervé Dantan, qui prend deux ans plus tard la succession de Jean-Paul Gandon. Un choix qui ne doit rien au hasard : Hervé Dantan a justement fait ses preuves chez Mailly Grand Cru dans la mise en place d’équipements similaires.

Aujourd’hui, Lanson cueille enfin le fruit de ce travail et fait peau neuve : un circuit de visite réaménagé avec un espace d’accueil plus intimiste et une boutique conçue « dans un esprit caviste », un nouvel habillage épuré pour ses bouteilles, et surtout une gamme de cuvées repensée qui tout en perpétuant le style Lanson exploite les potentialités offertes par les outils acquis ces dernières années.

Un Black Label subtilement revisité

Il y a d’abord le Black Label, le Brut sans année iconique de la marque, lancé en 1937 par Victor Lanson pour le marché anglais. La version 2020 est la première élaborée par Hervé Dantan. La base vendange est en effet 2015, le Brut sans année de Lanson vieillissant habituellement quatre ans sur lattes. Hervé Dantan persévère dans le choix de la marque d’éviter la fermentation malolactique mais avec une approche un peu moins dogmatique. Cette fermentation, qui n’a été maîtrisée par les œnologues que depuis les années 1970-1980, permet de réduire l’acidité et souvent de commercialiser plus vite les champagnes. Si Lanson préfère y renoncer, c’est pour mieux conserver ses notes typiques d’agrumes et la fraîcheur qui font depuis toujours l’identité de ses vins.

Une méthode qui impose en contrepartie de lourdes contraintes de vieillissement pour aboutir à une maturité optimale. Heureusement, la collection impressionnante de vins de réserve de la Maison lui offre des facilités : le Black Label 2020 compte ainsi une dizaine de millésimes différents. Le nouveau chai à foudres permet aussi d’arrondir l’aspect tendu des vins sans malolactique, de leur donner un côté crémeux grâce à la micro-oxygénation. Enfin, et c’est là l’une des nouveautés introduites par Hervé Dantan, lorsqu’il juge qu’un vin en a besoin, le chef de cave s’autorise parfois à faire la fermentation malolactique, et ces vins « avec malo » constituent désormais une petite portion de l’assemblage. « Beaucoup de gens nous le disaient : Lanson c’est super bon, mais il faut les attendre. On ne fait pas des vins pour que les gens les attendent. On fait aussi des vins pour qu’ils soient achetés et bus, rares sont les clients qui vont laisser attendre deux ans, trois ans en cave un Brut sans année avant de le consommer. » D’ailleurs, il ne s’agit que d’un retour à la méthode traditionnelle : dans les années 1950, certains vins faisaient accidentellement la fermentation malolactique et étaient mêlés à d’autres qui ne l’avaient pas faite.

Le Black Réserve, un grand frère pour le Black Label

Il y a ensuite deux nouvelles cuvées, destinées davantage à la gastronomie. La première, c’est le Black Réserve, une sorte de grand-frère du Black Label avec les mêmes proportions de cépages (50% de pinot noir, 35% de chardonnays et 15% de meunier), la même diversité de crus (100) mais davantage de premiers et grands crus (70%), une durée de vieillissement sur lattes plus longue (5 ans), et une plus grande quantité de vins de réserve élevés en foudres (45%). Au nez, les notes de biscuit, de noisette, de poire, de pêche, sont très séduisantes. En bouche, c’est le pinot noir qui apporte toute sa chair et toute sa générosité avec des saveurs de fruits confits, des notes d’amandes, mais toujours allégées par la fraîcheur des agrumes et la minéralité de la craie qui s’expriment à merveille grâce au dosage moins appuyé (7 grammes contre 9 pour le Black Label). L’élevage sous-bois a aussi laissé des pointes vanillées et un léger goût de cire de miel. Un vin idéal si on veut accompagner un vieux comté ou du parmesan pour un afterwork entre amis.

Le Blanc de Blancs ou l’expression parfaite de la fraîcheur du style Lanson

La seconde cuvée, c’est Le Blanc de Blancs qui constitue une sorte de photographie des vignobles où s’approvisionne traditionnellement la Maison pour ses chardonnays. On y retrouve sur la Côte des blancs les crus fétiches de Cramant, le Mesnil, Vertus, Avize, Oger et sur la Montagne de Reims Trépail et Villers-Marmery. Si cette cuvée compte 70% de premiers et grands crus, elle intègre aussi des vignobles plus périphériques qui offrent une belle complémentarité, en particulier la butte Montgueux et le Vitryat. On profite ainsi dans le Vitryat de la craie du Turonien, plus ancienne et plus marneuse que celles de la Côte des Blancs et de la Montagne de Reims. « Alors que les vins de la Côte des blancs sont très minéraux avec une très forte vitalité, ce terroir apporte davantage de fluidité, d’onctuosité » confie Hervé Dantan, lui-même fils de vigneron du Vitryat. Pour cette belle cuvée qui magnifie la fraîcheur du style Lanson, on appréciera en bouche le zeste confit, le miel, la frangipane et cette craie qui semble tapisser le palais. À l’occasion d’un dîner un peu chic, on imagine facilement servir un carpaccio de poisson avec ce vin élégant et citronné.