Quentin Vincey est aux manettes du domaine familial situé à Oger, dans un village classé Grand Cru de la Côte des Blancs. Depuis 2014, il a engagé un travail de fond en s’écartant de la viticulture conventionnelle. Une première.

Qui se souvient de sa “première fois” ? Elle est parfois manquée, maladroite, déroutante… Pour Quentin Vincey, 8ème génération d’une famille de coopérateurs, c’est une première fois (à faire du vin de Champagne) avec son lot de questionnements et d’incertitudes.
Après avoir arpenté les vignobles de l’Hexagone, Quentin est revenu poser ses valises et ses idées sur le domaine familial en 2014. À la tête de 7 hectares dont 5 en sélection massale sur les villages d’Oger, Chouilly et Mesnil-sur-Oger, ce jeune vigneron, diplômé d’un BTS Technique de commercialisation, “plus habitué à mettre le costume que les bottes”, ouvre le champ des possibles pour tenter de faire de cette première fois une réussite. Retranché dans ce village de “Grands”, il apprend avec l’aide des copains, il lit beaucoup, il a un peu peur de mal faire mais il est convaincu que la viticulture biologique est son point de chute – et plus que la chute, c’est l’atterrissage qui compte.

Il n’a alors qu’une chose en tête, être certifié. Le Graal pour un “p’tit nouveau” et encore un fait rare en Champagne (2,9% des surfaces sont conduites en viticulture biologique selon les chiffres 2018 de l’Observatoire Régional de l’Agriculture Biologique). “La bio, c’est le bon élève de la classe, je préfère être celui-là plutôt qu’être le cancre au fond de la classe”, dit-il. En “bon élève” donc, il devrait être certifié en viticulture biologique en fin d’année 2020, l’aboutissement d’une démarche de fond menée en tandem avec Marine Zabarino, qui l’accompagne dans la vie et dans les vignes. Une trentenaire énergique, solaire, qui expérimente aussi ses premières fois.

Vignerons bio “dynamiques”

Un couple amoureux de la nature et des gens, avec des convictions qui ne s’arrêtent pas à l’obtention d’un label. “Nous avons pris connaissance de la biodynamie en 2017, méthode qui nous parle bien plus, contrairement au bio que l’on trouve assez restreint, trop attaché au cahier des charges du label. En effet on souhaitait pousser le bio pour revenir à ce qu’on aime appeler une viticulture paysanne, complètement à l’ancienne, qui prend en compte le vivant dans son ensemble : le sol tout d’abord, les végétaux dans leur globalité (la vigne mais aussi tous ses petits compagnons de voyage), l’animal et l’astral”, concède Marine.
La biodynamie, une philosophie basée sur les préceptes de Rudolf Steiner, intellectuel d’origine autrichienne connu surtout pour avoir développé un modèle éducatif et qui a démocratisé ce modèle d’agriculture dans les années 1920. Cent ans après, le fondateur de l’anthroposophie, fort décrié par certains, a toujours ses adeptes. Quentin et Marine en font partie.
Calendrier lunaire, préparations, bouse de corne (la “500”), le couple s’est constitué un labo grandeur nature au Château de Renneville, propriété familiale située à 10 km de l’exploitation. “C’est une ferme proche de la maison mais éloignée de tout sur laquelle poussent naturellement quelques plantes dont on se sert à la vigne : consoude, ortie, prêle et achillée millefeuille.”
Avec Martin (le chat), Luna (la chienne), Nuggets (les poules) et Rico (le coq), le portrait de famille de ces néo-vignerons fait mouche.

Cave à terroir

Mais loin de mener la vie de château, à la cave, il faut se concentrer sur ses premiers “Grands Crus” : “On s’est d’abord concentré sur le village, avec une cuvée 100% Oger ‘La Première’ et un parcellaire à Oger aussi, lieu-dit ‘Le Grand Jardin’, ce qui représente la première année 3500 bouteilles au total. La création de stock et les investissements pressoir et caves sont (toujours) très lourds pour nous”, avoue Marine.
Peu intrusifs sur la pratique culturale, les vignerons ne le sont guère dans leurs méthodes de vinification : pas de filtrage, pas de collage, pas d’enzymage, passage au froid naturel avec tout de même beaucoup de convictions et de débrouille. “Zéro passation de pouvoir sur la vinification, il a fallu reprendre une page blanche”, affirme Quentin.

À côté du lieu de réception aux allures de chalet jurassien, le chai tout en carreau de craie avec deux niveaux de caves permet à Marine et Quentin de vinifier en fûts, principalement en pièces bourguignonnes (228 litres) de tonneliers différents avec des chauffes peu marquées. “On cherche vraiment la richesse, le fruit, tout en gardant la fraîcheur, la craie : le terroir Grand Cru en bouche.”

Si la chance du débutant sourit presque toujours, c’est le principe, nos apprentis consolident leurs acquis et ont beaucoup de plans sur la comète des Blancs-Coteaux (nom donné depuis le 1er janvier 2018 suite à la fusion des communes d’Oger, Vertus, Gionges, Voipreux, toutes quatre situées sur la Côte des Blancs). “Année après année on vinifie de plus en plus, on agrandit le stock avec de nouvelles cuvées à venir : un 100% Mesnil, 2 autres parcellaires au Mesnil, un coteau 100% Oger, un champagne ‘MODUM QV’ complètement sans intrant ; prise de mousse faite avec le moût de l’année N et le vin de l’année N-1. Aujourd’hui on tire 10000 bouteilles.”

Présents depuis 6 mois à l’export sur des marchés porteurs (Japon, Australie, Italie, Suisse et Suède), l’élan quasi imperturbable de M&Q a été vite stoppé par une crise sanitaire mondiale, même si tout reprend petit à petit. Aussi étrange que cela puisse paraître, l’importance parfois démesurée que l’on accorde aux premières fois, elle, ne s’arrête jamais.

À déguster :

“La Première” 2014 (vinifiée 50% inox 50% fut et tirée capsule) 100% chardonnay, dosé à 3gr/l
Chardonnay dans sa jeunesse, frais, pimpant, au nez d’agrumes laissant en finale de légères notes fumées. (48€)

À suivre sur instagram : @domainevincey