(photo F. Hermine)
(photo F. Hermine)

Au cri d’alarme de la filière CHR (cafés-hôtels-restaurants) lancé dès l’annonce du confinement, ont répondu différentes initiatives comme celle de “J’aime mon bistrot”, aujourd’hui la plus ambitieuse, et véritable soutien moral et financier pour le secteur.

A la bouteille à la mer lancée dès le début du confinement par les établissements de consommation à domicile, a répondu l’opération solidaire “J’aime mon bistrot” (#jaimemonbistrot sur les réseaux sociaux). Elle pas moins d’une soixantaine de partenaires, grands groupes de boissons alcoolisées tels Heineken, Pernod Ricard, MHD ou Castel Frères, petites et moyennes entreprises du secteur vins, bières, spiritueux…, producteurs (Château Sainte-Roseline, Marrenon, Chanson, Gérard Bertrand, champagne Jacquart, Minuty…), interprofessions (Alsace, Pays d’Oc, Bordeaux), distributeurs (France Boissons, C10), associations (Terra Vitis), panéliste (AllEeatOne, la web appli de commandes et réservations en ligne du spécialiste de la consommation hors domicile CHD Expert)… Ils ont mis en place début avril un fonds solidaire permettant de contribuer au soutien d’un ou plusieurs établissements de consommation hors domicile. Ils abondent chacun avec des barèmes différents calculés selon leur chiffre d’affaires, à hauteur de quelques centaines voire quelques milliers d’euros pour les plus importants, et selon leur appréciation.

Une cagnotte en bons d’achats

Côté consommateurs, la cagnotte est alimentée via des bons d’achats à utiliser dans des bistrots, restos et bars (la cible a été récemment élargie aux discothèques), d’une valeur de 1,50 € à 50 €, pour un café au comptoir, un verre en terrasse, une bouteille de vin, un cocktail ou un menu. “Cela permet au restaurateur de récupérer une trésorerie pour tenir pendant la durée du confinement, de soutenir leur moral via les messages postés sur le site jaimemonbistrot.fr et d’assurer un trafic à la réouverture de l’établissement” précise Philippe Bouvet, directeur marketing des vins d’Alsace (CIVA). Lorsqu’un établissement souhaite participer, il se rapproche de l’équipe via le site internet pour monter un dossier avant de percevoir les précommandes et il ne lui reste plus en-suite qu’à valider son compte. En un mois, plus de 7100 établissements (dont un millier en Ile-de-France) se sont enregistrés. 19 000 consommateurs ont déjà passé commande pour une valeur moyenne de 43 € (45 € à Paris).

Actuellement, la précommande la plus populaire est celle baptisée “Je paye ma tournée” d’une valeur de 50 €, à utiliser à la réouverture de l’établissement ou via un module de livraison ou vente à emporter si il a été mis en place par le gérant. La cagnotte, complétée par des dons, s’élève désormais à plus de 1,4 M € récoltés en un mois. “De plus, pour les 10 000 premières commandes qui ont finalement été rallongées à 20 000 atteintes fin avril, le collectif a crédité de 50% additionnels (soit par exemple, 10 € supplémentaires pour une commande de 20 €), précise Philippe Bouvet. La formule fournit de la trésorerie aux établissements et les consommateurs qui s’engagent y gagne égale-ment un bonus avec un acompte valable jusqu’à la fin de l’année”. Le site offre également de nombreuses informations pratiques et conseils d’experts qui peuvent être utiles aux établissements (comment booster son CA ou développer la vente à emporter, remplir le document d’évaluation des risques, les conditions d’accès au fonds national…)

L’engagement des professionnels

“Pour nous, ça a été une évidence, une empathie économique naturelle due à nos clients, nos circuits de distribution, nos consommateurs, précise Philippe Bouvet. Nous l’avons d’emblée intégré dans notre plan de rebond interprofessionnel bouclé il y a quelques jours en un temps record. Notre rôle est aussi de relayer l’opération, pour nous via Facebook. Le message a enregistré plus de 100 000 vues avec un taux de plus de 7% d’engagements et de nombreux partages de restaurateurs et vignerons qui ont joué l’interaction”. Pour les Vins de Bordeaux, c’était également “un engagement qui correspond à nos valeurs, tout comme notre soutien à l’opération similaire Horecacomeback en Belgique, explique Sara Briot-Lesage à la communication du CIVB. Mais nous communiquons tous sur une charte établie et en veillant à ce que personne ne s’approprie l’opération. Nous en parlons également via la com’ interne en informant les producteurs et les restaurateurs et à l’extérieur, en utilisant les réseaux sociaux”.

“Il s’agissait avant tout d’aider un secteur primordial pour nous puisque le CHR représente 40% de nos ventes, complète Aurélie Bertin de Château Sainte-Roseline (83). Il souffre d’autant plus que les établissements n’ont pas de dates de réouverture et avec les mesures de sécurité qui leur seront imposés, certains restaurants et bistrots ne seront peut-être plus viables, surtout dans les grandes villes où les prix des loyers sont souvent exorbitants”. Certains opérateurs comme CHD Expert ou le distributeur C10 ont mis à disposition fichiers et bases de données et leurs réseaux de commerciaux pour communiquer plus largement sur l’opération.

Terra Vitis a mis au pot commun à la hauteur de ses moyens via la fédération nationale mais a également incité incité son millier d’adhérents à relayer l’information. “Certains adhérents nous avaient même sensibilisé très tôt à la démarche pour soutenir les restaurateurs qui les distribuent, précise David Michelis, directeur de l’organisme de certification en viticulture raisonnée et durable. Car beaucoup de petits producteurs travaillent essentiellement avec des distributeurs locaux dont ils sont très proches et ceux qui vendent au caveau peuvent aussi informer leurs clients”.

https://www.jaimemonbistrot.fr/
#jaimemonbistrot