(photo : Baudouin)
(photo : Baudouin)

Les crémants d’Alsace séduisent toujours plus, aussi bien en France qu’à l’international grâce à leur étonnante diversité, celle des terroirs créée par le grand fossé d’effondrement alsacien, mais aussi de ses élaborateurs aux personnalités bien affirmées. Démonstration en 6 rencontres, pour une Escapade à retrouver en intégralité dans Terre de vins n°73, actuellement kiosque, ou sur notre kiosque digital.

Épisode 2 : Bernhard & Reibel

L’art de l’assemblage
Pierre Bernhard a l’intransigeance des meilleurs. Ses 23 hectares sont cultivés en bio depuis 2001 et plantés en haute densité. « Cela permet aux racines d’aller plus en profondeur. » Ce vigneron prend un malin plaisir à renverser les codes, comme la fameuse tradition de l’Edelzwicker : « C’est un assemblage de tout ce que l’on veut. Historiquement, c’était les fonds de cuve des vignerons, qu’ils mélangeaient pour en faire un vin de table. En Alsace, on raconte que chez un vigneron, il faut toujours commencer par goûter son Edel, si l’Edel n’est pas trop mal, le reste est forcément bon. »
L’Edel de Pierre n’a rien d’un mélange hasardeux. Il est issu de la parcelle de weingarten, « jardin des vignes » en alsacien. Elle appartenait à l’évêque de Strasbourg. Le père de Pierre l’a plantée avec du pinot gris et du riesling. Tout repose sur la volonté de faire parler le terroir avant les cépages, « on est sur du granit, mais le sol est très minéralisé, avec du mica, et même du fer, on a des zones où la terre est rouge, c’est très varié et cela donne des vins floraux. Le lieu est d’ailleurs entouré d’une forêt d’acacias. » Quand on maîtrise l’art de l’assemblage, on peut sans crainte se lancer dans l’aventure des vins effervescents. Pour l’épauler, Pierre a recruté un ancien œnologue de Nicolas Feuillatte, Clément Férat : « Je suis revenu de Champagne avec cette attention particulière à la maturité, qui passe par des analyses et la dégustation de baies. Pour le crémant, l’objectif est d’éviter que le raisin prenne des arômes trop concentrés, mais sans tomber dans le végétal. » Il a fallu en même temps s’adapter. « Je n’avais plus aucun repère car le chardonnay en Champagne donne des notes très pâtissières. Sur notre terroir, au contraire, les agrumes sont assez marqués, parce que les sols sont très acides et on a tout de suite plus d’amertume, ce qui est intéressant pour la structure. On peut retrouver le côté pâtissier en jouant sur le vieillissement. »

67730 Châtenois
03 88 82 04 21 – Site internet

Épisode 1 : Fritz-Schmitt