De nombreuses propriétés, dont des Grands Crus Classés 1855 comme Cos d’Estournel, Lagrange ou Beychevelle, s’adaptent à la crise en multipliant les “master classes digitales” avec l’envoi de vins en amont. Ironie de l’histoire, jamais on n’aura dégusté chez soi de manière aussi professionnelle…

“Nous sommes de plus en plus sollicités pour des master classes digitales et nous acceptons avec grand plaisir, cela nous permet de maintenir le lien avec les amoureux de nos vins que nous ne pouvons plus accueillir ou aller voir”, explique Philippe Blanc, le directeur du Château Beychevelle avant d’ajouter : “Ces master classes ont des origines diverses – clubs de dégustation, influenceurs et journalistes et négociants… Nous faisons le tour du monde grâce à ces dégustations. Il m’est arrivé de faire plusieurs sessions dans la même journée, en Espagne en début d’après-midi, puis en Angleterre et en direct de Puerto Rico en fin de soirée”. Le Grand Cru classé 1855 facture les vins et l’envoi…

Non loin, au Château Lagrange, on s’est également mis à l’heure du digital avec une offre interactive sur-mesure : “Voyagez depuis chez vous au sein de la propriété, présentée par un ambassadeur du domaine, qui répondra à toutes vos questions. Du vignoble aux chais en passant par le cuvier, de l’élaboration à la dégustation en live des vins envoyés chez vous en amont, le Château Lagrange n’aura plus de secret pour vous ! Vous pourrez apprécier ces master classes en famille, entre amis et même en team building”. Les prix varient bien sûr en fonction de la prestation souhaitée mais dans tous les cas, on sent que les amateurs de vins veulent restés connectés ou, pour les néophytes, profiter de l’occasion pour s’initier.

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Même son de cloche au Château Cos d’Estournel, un peu plus au nord : “Nous en avons déjà fait plusieurs que ce soit avec le directeur Dominique Arangoïts et le bloggeur US Wineterroir sur Instagram, des distributeurs en Asie pour des master classes ou trainings live par notre équipe commerciale… Le prochain sera avec un groupe de clients privés de Decanter fin février avec une dégustation de plusieurs vins commentés”, explique Géraldine Giroux, la directrice marketing et communication. Le domaine travaille actuellement sur un module de visite virtuelle avec ou sans dégustation pour les clients privés suite à plusieurs sollicitations.

“On s’adapte, la vie continue, si on nous demande, nous le ferons”, résume en substance Lise Latrille, la directrice commerciale et communication du Château Prieuré-Lichine à Margaux. Poussés par la crise, les responsables des domaines ont accéléré la transformation digitale qui était déjà sous-jacente. Sylvain Dadé, directeur associé de l’agence SoWine et expert en la matière, y perçoit une lame de fond. “Les vignerons, les marques et maisons ont été poussés à sortir de leurs schémas classiques et à innover pour s’ouvrir à des formats novateurs de type webinars, lives ou master classes en ligne”. Après ce constat, Sylvain Dadé estime que cela s’inscrit plus largement dans le sens de l’histoire. “C’est l’avenir dans la mesure où la réinvention sous contrainte de ces formats d’échanges a fait émerger de nouvelles habitudes, de nouveaux réflexes, et de nouvelles opportunités ! Et dans un contexte où l’aérien est souvent une composante des déplacements dans le cadre de tournées à l’international, les prises de conscience vont sans doute jouer en faveur d’une plus grande économie de moyens, que les échanges numériques vont aider à compenser”. On ne remplacera pas le contact humain mais le digital ouvre de nouveaux champs. En ce point, la crise est un mal pour un bien.