Aurélie Ballande et Guillaume Bastard de Crisnay, à la tête du Château Villa Bel-Air depuis 2017
Aurélie Ballande et Guillaume Bastard de Crisnay, à la tête du Château Villa Bel-Air depuis 2017

Sa chartreuse a servi de décor à deux films. Racheté en 2017 par Armand Ballande, le Château Villa Bel-Air se lance dans la rénovation du bâtiment inscrit aux Monuments Historiques. Et restructure en douceur son vignoble.

L’arrivée est spectaculaire. A une demi-heure de Bordeaux, dans l’appellation de Graves, le Château Villa Bel-Air reste invisible depuis la départementale qui traverse Saint-Morillon. Mais passée la frontière boisée qui l’encercle, le domaine se dévoile sur les hauteurs d’une croupe, dominant l’ensemble de son vignoble. Le point culminant du domaine (plus de cinquante-cinq mètres d’altitude) offre un panorama circulaire sur les parcelles et les grands projets en vue. Racheté en 2017 par Armand Ballande (déjà copropriétaire du Château Baret, en Pessac-Léognan), Villa Bel-Air prend un nouvel élan avec à sa tête Aurélie Ballande et Guillaume Bastard de Crisnay, jeunes reconvertis dans le vin.

Premier grand chantier : la chartreuse du XVIIIe siècle, dont la rénovation doit commencer début 2020 après plus d’une année d’allers-retours administratifs. Inscrite aux Monuments Historiques, cette chartreuse typiquement girondine a vu passer deux tournages entre ses murs : celui du film “Le sagouin” de Serge Moati en 1971 et du téléfilm “Le Mystère Frontenac” de Maurice Frydland, des long-métrages adaptés de l’œuvre de François Mauriac. Inutilisée, l’élégante maison est en triste état : douze mois de travaux seront nécessaires, espère Aurélie Ballande, pour en faire la demeure familiale avec un salon de dégustation réservé à un œnotourisme haut de gamme.

Un air de Toscane dans les Graves

C’est la chartreuse, avec son parc et sa pièce d’eau, qui a donné son nom actuel au domaine, autrefois simplement Château Bel-Air. Lorsque Jean-Michel Cazes, grand propriétaire dans le Médoc (entre autres des châteaux Lynch-Bages et Haut-Batailley) se porte acquéreur en 1988, il trouve au domaine un faux air italien et le rebaptise Villa Bel-Air. Mais la demeure girondine n’est pas la seule vedette sur ce terroir qui fait des vins depuis 1860. La famille Cazes a laissé un vignoble et un outil de production dans un état remarquable, reconnaît Guillaume Bastard de Crisnay. La transition se fait donc en douceur avec une restructuration progressive : sur 43 hectares de vignoble (11 en blanc et 32 en rouge), 5 hectares sont en jachère en attendant d’être replantés. Avec des pratiques raisonnées, spontanément intégrées par la nouvelle génération aux commandes.

Les blancs, perle rare du château

La perle rare du Château Villa Bel-Air reste ses blancs, profitant d’un terroir sur deux niveaux et d’un microclimat aussi bénéfique que capricieux. Le plateau de la colline, aux sols de graves plus chauds et parfois sablonneux, est réservé au cabernet sauvignon. Sur les coteaux et contrebas plus frais, au sous-sol argilo-calcaire, s’épanouissent merlot, sémillon et sauvignon. Le problème, c’est le gel récurrent depuis 2015. Question température, entre Bordeaux et Saint-Morillon, il y a cinq degrés (en moins) de différence, estime Guillaume Bastard de Crisnay. Le château n’a pas produit de vins blancs en 2017 et 2019 (d’où son absence dans cette catégorie au dernier Trophée des Graves), et les vendanges en rouge ont été réduites de moitié en 2019. “Cela fait partie de la vie de la propriété, tempère le directeur. Nous avons vendangé cette année les rouges par zones précises pour séparer les lots qui avaient gelé. Le résultat est, au final, homogène et très qualitatif.”

Travailler pour les prochaines générations

A la dégustation au chai, le millésime 2019 offre un cabernet sauvignon charnu, aux tanins bien mûrs. “Nous avons su être patients. On a pris le risque d’aller chercher plus loin la maturité des baies.” Conseillé par l’équipe de Stéphane Derenoncourt, le domaine a passé le cap de la reprise pour se construire à long terme. Un partenariat dans la durée est envisagé avec l’ESAT (établissement d’accompagnement social pour travailleurs handicapés) voisin de Castres-Gironde. Et si le parc boisé, protégé en tant que site classé, est replanté, “ce sera pour la prochaine génération”.

Dans l’appellation des Graves
Château Villa Bel-Air rouge 2018 : 20 euros
Château Villa Bel-Air blanc 2018 : 17 euros

Ci-dessous : La chartreuse du XVIIIe siècle, bâtie à partir de 1791.