La montée des eaux ne devrait pas avoir d’impact sur la vigne, à condition que les sols puissent sécher.

La décrue est amorcée mais les viticulteurs du Sud-Ouest gardent un œil attentif sur le ciel gris de cet hiver pluvieux. Après le passage de la tempête Justine, au début du mois de février, plusieurs départements de Nouvelle-Aquitaine ont été touchés par d’importantes inondations, en particulier les Landes, le Lot-et-Garonne, la Gironde, la Charente et la Charente-Maritime. Des inondations provoquées par la pluie et de spectaculaires débordements des cours d’eau.

En Sud-Gironde, le vignoble bordelais jouxtant la Garonne s’est en partie retrouvé submergé, les pieds de vigne dans l’eau. Parmi les appellations touchées : l’Entre-deux-Mers, les Graves, Sauternes, Barsac, Cérons et les vignobles sur les rives du fleuve autour de Cadillac, La Réole et Langon.
“Actuellement, la vigne est en dormance. Pour l’instant, ces inondations n’ont pas de conséquences gênantes pour son développement”, tempère David Clerdan, conseiller viticole à la Chambre d’agriculture, à l’antenne ADAR (association de développement agricole et rural) qui couvre le secteur de Cadillac et de Créon.

Travaux du sol repoussés

“Après, il y a les problèmes liés au travail du sol, poursuit le conseiller viticole. La difficulté va être de rentrer à nouveau dans les parcelles avec des engins mécanisés. “Sur sols détrempés et impraticables, les travaux devront être repoussés de plusieurs semaines. En février, reste notamment à faire les opérations de broyage des sarments ou de sécaillage (pour remettre en état les piquets et fils de palissage de la vigne), qui se font avec un tracteur ou une remorque. “Chez les viticulteurs qui travaillent avec zéro herbicides, il va aussi falloir intervenir d’ici un mois avec les premiers passages d’outils pour le désherbage mécanique”, explique David Clerdan.

“Je ne me fais pas de souci pour l’état de la vigne”, confirme Nicolas Deswarte, au Château Cheret Pitres. A Portets, le domaine de 14 hectares (en appellations Graves et Bordeaux) est habitué aux crues de la Garonne avec la moitié de son vignoble au bord du cours d’eau. Le château s’est néanmoins retrouvé isolé pendant une semaine avec la route principale reliant Portets à Langon coupée. “L’eau est simplement montée du fleuve par capillarité. Nous avons la chance de ne pas avoir eu de courant, donc peu de débris qui auraient pu abîmer les rangs.”

Asphyxie racinaire

“Le seul risque est d’entrer trop tôt avec des tracteurs dans les parcelles et de tasser le sol”, estime le viticulteur. “Pour toute la vie micro-organique du sol, ces inondations ne sont pas géniales, complète David Clerdan. Au moins, constate sur Facebook Loïc Pasquet, le créateur du vin Liber Pater, “le phylloxera ne passera pas”. Peu de chance que le puceron ravageur qui s’attaque aux racines des vignes survive en apnée. Mais si les sols restent imbibés, c’est la vigne qui pourrait à son tour souffrir. “Si on a encore une période un peu pluvieuse pendant un mois, il peut y avoir des problèmes d’asphyxie racinaire à cause de toute cette eau qui stagne dans un sol qui ne ressuie pas”, note David Clerdan.

A Illats, dans les Graves, le Château Vénus a été épargné par les eaux mais n’en a pas moins vécu ces crues sous un autre angle. Spécialisés dans les baptêmes de l’air, le domaine d’Emmanuelle et Bertrand Amart a été sollicité par la presse pour réaliser des photos aériennes. Plusieurs particuliers ont également voulu immortaliser ces impressionnantes inondations vues du ciel.

Au Château Cheret Pitre, Nicolas Deswarte a vu l’eau s’approcher dangereusement de la demeure familiale, située sur l’exploitation. Contrairement à de nombreux habitants du département, il n’a pas eu à évacuer sa maison. “Mais on sait qu’à l’avenir, ce genre de crue va se répéter”, assure le viticulteur, qui pense à des aménagements plus conséquents pour prévenir les futurs débordements.

Crédit photos : Château Vénus