A Eauze dans le Gers, le “Classic” de Tariquet est né pour alimenter la production d’armagnac dans les années 1970. Ce vin blanc sec est aujourd’hui un incontournable.

A l’origine, il y a l’armagnac. Comme très souvent dans les domaines viticoles gersois, l’eau-de-vie ambrée et ses vicissitudes ont engendré de belles histoires, malgré les embûches. En l’occurrence, une immense réussite.

À Eauze, le domaine du Tariquet, qui fête cette année son centenaire, jouit aujourd’hui d’une renommée mondiale. Son vin blanc emblématique, le Classic, emprunte un destin à l’image de celui de ses créateurs. Phénoménal. Partis de rien, vin et domaine s’offrent aujourd’hui une place au soleil de la viticulture mondiale.

Garçon vacher espagnol

Nous sommes en 1972. Si le domaine du Tariquet produit du vin blanc, c’est exclusivement pour le distiller et produire de l’armagnac. Yves et Maïté Grassa travaillent avec leur père, Pierre, fondateur du domaine. Le trio décide de développer les vins blancs pour asseoir son stock d’armagnac et pour créer un fonds de roulement afin d’assurer la vente d’eau-de-vie.

Dix ans plus tard, alors que Pierre Grassa est en train de passer la main à ses enfants, le domaine du Tariquet met du vin blanc en bouteille, pour la première fois. Pierre Grassa, incrédule, a ces mots : « C’est la première et dernière mise en bouteille. On va en boire pour le restant de nos jours ! »

Le patriarche, pourtant, a toujours eu foi en ce domaine viticole qu’il a créé en épousant Hélène Artaud, fille d’un barman installé à New York et blessé lors de la guerre 14-18 qui avait acheté ces terres alors décimées par la crise du phylloxéra.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Pierre Grassa, garçon vacher puis coiffeur, émigré espagnol de la Sierra de Guara, entre dans le Résistance à Eauze. Il y rencontre sa future épouse. Ensemble, ils redonnent vie au Tariquet. À force de travail, d’opiniâtreté et d’anticipation du marché viticole. Plus tard, leurs enfants et leurs deux petits-fils, Armin et Rémy, les fils d’Yves, reprendront le flambeau.

Aujourd’hui, Tariquet est un véritable empire qui produit 8 millions de bouteilles de vin, 120 000 d’armagnac, compte 80 salariés et quatre propriétés pour 900 hectares de vigne en propre.

En ce début des années 1980, Yves et Maïté engagent donc la mue du domaine d’armagnac en développant le vin blanc. Yves a une idée bien précise du vin qu’il souhaite produire. « Mon père était gourmand, il aimait bien manger et boire du bon vin et il a toujours regretté que le monde viticole n’offre, à cette époque, que du vin très cher ou pas très bon, narre son fils Armin. Il a donc décidé de faire un vin facile à consommer avec un bon rapport qualité-prix. » Ainsi naît Classic.

Produit de l’année à Londres

C’est la Grande-Bretagne qui donne le succès à ce vin blanc d’Eauze. « Nous avons eu la chance qu’il n’y ait presque personne dans ce créneau », précise Armin Grassa.

En 1987, Classic a été élu produit de l’année à Londres. En France, la cuvée Elusate, fruitée comme tous les côtes de Gascogne, commence à s’implanter sur les tables du Sud-Ouest en 1992. Elle signe son succès dans l’Hexagone en 1995 avec l’image d’un vin blanc sec, simple et facile pour l’apéritif.

Classic a, depuis, évolué. À l’origine, il était réalisé à partir de cépage 100 % ugni blancs puis les Grassa l’ont enrichi avec du colombard pour « davantage de structure et de complexité ». À partir du millésime 2011, les cépages historiques ugni blanc et colombard sont associés aux cépages sauvignon et gros manseng. « Le Classic conserve ainsi son style marqué par la fraîcheur et offre plus d’expression aromatique, de longueur en bouche et de croquant », affirme Tariquet.

Pierre Grassa, décédé en mars dernier, aurait très probablement aimé ce vin élaboré par ses enfants et petits-enfants.

Gaëlle Richard
Photo Michel Amat