La prestigieuse appellation rhodanienne est mondialement connue pour ses incroyables vins rouges. Ceux-ci représentent d’ailleurs l’immense majorité de sa production. Les vins blancs, relativement confidentiels, n’en sont pas moins passionnants, notamment sur les terroirs calcaires.

D’une visite dans le vignoble de Châteauneuf-du-pape, on retient généralement ces magnifiques galets roulés charriés par le Rhône et qui recouvrent désormais une part importante de l’appellation. Absolument fondamentaux pour le murissement des raisins, en captant la chaleur et en la restituant la nuit, ils jouent un rôle majeur dans les grands vins rouges du cru. Les blancs qui naissent sur ces sols parfois argileux vont souvent offrir un profil puissant, très riche, ample. Avec un risque, celui de la lourdeur lorsque les vignerons vont trop loin dans la maturité, notamment dans les années les plus chaudes. Mais tous les vins blancs produits ici ne présentent toutefois pas ce profil. Bien au contraire. Des domaines comme le château Mont-Redon ou le Clos de l’Oratoire des papes bénéficient d’ailleurs de parcelles situées sur la partie calcaire de Châteauneuf, particulièrement adaptée pour la production de vins blancs élégants. Une récente dégustation des vins de cette seconde propriété est venue confirmer toute la magie de ces vins racés, particulièrement élégants.

Une identité du terroir qui transcende les millésimes

Globalement, les vins blancs ne représentent que 7% de la production de Châteauneuf. Cette proportion passe à 20% environ au Clos de l’Oratoire des Papes. Avec un encépagement divers, qui met à l’honneur presque tous les cépages autorisés : le grenache blanc, le bourboulenc, la clairette et la roussanne (le picpoul et le picardan peuvent aussi rentrer dans les assemblages). Dans le vignoble comme dans la cave, une réflexion de fond a été engagée par les équipes techniques. Ainsi par exemple, de l’éco-pâturage permet de tondre l’herbe au moyen de moutons qui viennent chaque année sur les parcelles. Avec, comme point bénéfique, celui d’apporter une fertilisation des sols de qualité avec leurs déjections. Celle-ci étant complétée par du fumier (de mouton, vache et cheval) obtenu dans le cadre d’un partenariat avec un éleveur local puis composté de 1 à 3 ans. Demain, une démarche d’agroforesterie va être mise en place pour rapporter de la biodiversité dans les vignes. En cave, la volonté est de conserver la meilleure expression du terroir en ne masquant pas les vins. Les blancs du domaine sont vendangés tôt pour préserver un maximum de fraîcheur et limiter la présence trop importante de tanins qui vont plus facilement s’oxyder ensuite (robe tuilée prématurément de certains blancs et notes évoluées). Après un pressurage lent et doux (7h à 10h contre 2h habituellement), les vins sont vinifiés puis élevés majoritairement en cuves béton (80%). Le reste passe en barrique neuve ou d’un vin.

Le résultat est impressionnant de droiture, quelque soit la typicité du millésime. Ainsi le très chaud 2015 (48€) est riche mais sans aucune lourdeur, marqué par de fins amers qui sont l’un des marqueurs récurrents. On les retrouve également dans le 2017, lui aussi millésime chaud. Avec une touche de salinité très agréable et de fines notes d’hydrocarbures. Celles-ci charment à la dégustation. On les retrouve parfois puissantes comme sur le 2018, au très bel équilibre et à la belle complexité fruitée et florale (notes d’aubépine). Là encore, fins amers, salinité, et une immense allonge en final… tout comme le 2019 (42€). Egalement très structuré, il offre des notes de fleurs blanches, d’abricot subtil et de la fluidité. En somme, le terroir parle ici quelque soit le millésime, même si les profils des vins varient. De grands vins blancs, trop méconnus, qui s’avèrent magiques à table tant le nombre d’accords possibles est grand.