Ci-dessus : Philippe Pellaton et Damien Guille (photos F. Hermine)
Ci-dessus : Philippe Pellaton et Damien Guille (photos F. Hermine)

Les Côtes-du-Rhône viennent de mettre à disposition de leurs vignerons un timbre de garantie particulièrement innovant qui pourrait remplacer à terme la capsule de congé.

Le timbre de garantie développé par la société Tesa Scribos est désormais opérationnel pour les vins des Côtes-du-Rhône. Apposé sur la bouteille, il permet, en scannant le QR Code, de s’identifier par un code unitaire (et pas seulement de lot) sur une plateforme dédiée afin de la géolocaliser. Lorsqu’il est scanné plusieurs fois ou lorsque l’utilisateur refuse de donner son mail, la manipulation déclenche une alerte. Un mapping permet alors de géolocaliser la bouteille, à quelques mètres près en cas de flashing, au moins dans le pays si elle ne l’est pas. En fonction des statistiques d’alertes, elle déclenche alors une enquête pour détecter une tentative de contrefaçon ou de fraude. Cette méthode infalsifiable multiplie les niveaux de protection et de traçabilité pour l’opérateur comme pour le distributeur et consommateur. “C’est à la fois une mesure d’authentification et un outil réglementaire dans le cadre de la dématérialisation pour indiquer les nouvelles mentions obligatoires (calories, les ingrédients…) en attente des décrets d’application, détaille le président du syndicat Philippe Pellaton. Ce dispositif est facile à mettre à jour en fonction de l’évolution de la réglementation et c’est un système dynamique qui permet de rajouter nombre d’informations complémentaires activables à partir d’un tableau Excel”.

Cette base légale peut ensuite être complétée par des informations de l’interprofession, la gamme des produits, des fiches techniques, les engagements environnementaux, des visuels, des labels, des vidéos, les actus de l’entreprise ou du syndicat d’appellation. “L’intérêt est en effet de créer du contenu en temps réel et le système peut aussi offrir une approche commerciale en recréant le lien avec le consommateur via des infos, des offres spéciales, des jeux concours, des enquêtes de satisfaction…” complète Damien Guille, directeur commercial de Tesa Scribos. “Ça peut révolutionner la mécanique de promotions et ça va obliger les opérateurs à repenser un mode de communication plus efficace et personnalisé sans forcément de coût additionnel au final”. Un outil qui pourrait devenir un véritable avantage concurrentiel et permettrait de prendre une longueur d’avance sur la digitalisation.

Un timbre de garantie à la place de la capsule congé

Les côtes-du-Rhône ont étoffé depuis 2017 leur service juridique, notamment pour la défense du nom Rhône en travaillant avec les Fraudes et les Douanes ; il s’agit désormais d‘une ambition plus large avec l’objectif à terme de remplacer la capsule congé. La CNAOC en 2014 avait déjà étudié un timbre de garantie moins perfectionné et qui n’avait pas été retenu. Tesa Scribos fournit déjà cette solution à des grands crus bordelais comme les châteaux Beychevelle et Cos d’Estournel, et en vallée du Rhône à l’union coopérative Maison Sinnae, ex-cave de Laudun Chusclan, premier producteur des Côtes-du-Rhône présidée par Philippe Pellaton, plus que convaincu de l’intérêt du système. Les timbres vont d’abord équiper tous les produits hauts de gamme et porteurs d’une démarche environnementale chez Sinnae, soit environ 1,5 million de bouteilles sur les 8 produits par la cave. “Nous allons également le proposer aux importateurs de nos vins et même à la GD pour les autres produits”, précise le président. A terme, le timbre pourrait évoluer vers un outil syndical. L’information va être diffusée à l’ensemble des opérateurs rhodaniens qui pourront se familiariser avec le système en 1 h pour apprendre comment créer du contenu sur les pavés tactiles.

Les Côtes-du-Rhône ont massifié l’achat de timbres pour l’appellation générique. Il en coûtera 35€ les 1000 pour les opérateurs, le syndicat ayant pris en charge le développement de l’outil (environ 50 000 €), le coût annuel pour la gestion de la plateforme de commande en ligne des timbres (25 000€ par an) et un achat minimum de 5 millions de timbres sur un potentiel de 300 millions, la production moyenne annuelle de Côtes-du-Rhône. Les timbres sont ensuite directement envoyés par Tésa. “Nous voulons d’abord informer et inciter les entreprises à l’utiliser avant de le rendre peut-être obligatoire à terme” conclut Philippe Pellaton.