Président du Grand Cercle des vins de Bordeaux, Alain Raynaud dresse un premier bilan de la campagne des primeurs 2014. Les premiers depuis longtemps qui se sont déroulés sans son vieil ami Robert Parker.

“Un seul être vous manque et tout est dépeuplé”, sourit Alain Raynaud. Le président du Grand Cercle des vins de Bordeaux fait bien sûr référence au dégustateur américain Robert Parker, qui pour la première fois depuis des décennies, n’a pas participé à la campagne des primeurs à Bordeaux. “A titre personnel, j’étais un peu triste. Bob est un grand ami, nous avons commencé ensemble en 1979, on a vu au fil du temps les paliers franchis par Bordeaux. Il est certain que tout le monde est un peu orphelin, cette année. On peut critiquer ses goûts ou déplorer la position qu’il a occupée, mais Robert Parker demeure – malgré ses soucis de santé – un palais exceptionnel, doté d’une incroyable mémoire du goût, et un homme qui a contribué à restaurer une image forte de Bordeaux”. Faut-il s’attendre à l’émergence d’un nouveau Parker qui dominera le monde de la critique vin ? Alain Raynaud en doute. “Mais son départ ouvre des perspectives intéressantes”.

Les perspectives, elles sont également bonnes pour Bordeaux, grâce à un millésime 2014 globalement satisfaisant. “On a sorti un bon millésime, ce qui était inespéré l’été dernier. On a des vins séducteurs sur le plan aromatique, avec une belle structure tannique. Sans doute les meilleurs depuis 2010. Ce n’est pas un scoop, mais c’est une bonne nouvelle !”

“Le train a perdu ses wagons”

Reste à voir ce que cela va enclencher en termes de marché, après un 2013 extrêmement compliqué. “Chaque château est un cas à part et va donc suivre sa propre logique de marque. Certains vont maintenir les prix, d’autres les augmenter. Mais il va falloir être très prudent pour ne pas décourager les bonnes volontés : malgré sa qualité, 2014 ne s’impose à personne comme un millésime immanquable, et le marché n’est pas à ce point demandeur de bordeaux. Il faut donc être très prudent sur les prix, c’est pourquoi je tiens un discours de modération”.

En tant que président du Grand Cercle, Alain Raynaud a une vision d’ensemble assez nette de la gamme moyenne-haute des vins de Bordeaux, qui ne donnent pas le ton du marché, qui n’ont pas de grande marge de manœuvre sur les prix, mais qui ont une carte à jouer sur un millésime que tout le monde espère “good value”. “Il y a aujourd’hui un marché à deux ou trois vitesses à Bordeaux. Les “stars” ne sont plus des locomotives, elles n’entraînent plus le reste : le train a perdu ses wagons. Cela crée une image décalée de Bordeaux, entre des vins de prestige qui gonflent les prix, et tous les autres qui se doivent de demeurer accessibles. Dans tous les cas, il faut rester à l’écoute du marché”. Même avec un 100/100 au Wine Advocate ?

Mathieu Doumenge