Alain Raynaud, Président du Grand Cercle des vins de Bordeaux.
Alain Raynaud, Président du Grand Cercle des vins de Bordeaux.

Le président du Grand Cercle des vins de Bordeaux, Alain Raynaud, nous livre son ressenti sur la conjoncture, le millésime 2019 qui se dévoile et nous donne des nouvelles de l’association bordelaise qui réunit 138 propriétés des deux rives. Rencontre.

Alain Raynaud, racontez-nous : que devient le Grand Cercle ?  
Le Grand Cercle tourne toujours, mais il le fait dans un contexte compliqué à l’heure actuelle sur les plans économique et cultural. Un malheur comme un bonheur n’arrivent jamais seuls, ça vole en escadrille. Alors quand il s’agit de faire des opérations primeurs pour faire connaître ce que l’on a produit les années antérieures, on est un peu en difficulté, car ça nous est quasiment impossible de rassembler ceux qui venaient nous voir tous les ans. On a pallié cette difficulté en envoyant à la fois des échantillons aux journalistes qui le souhaitaient, pour qu’ils puissent se faire une idée du millésime 2019, et en organisant les 15, 16 et 17 juin, nos présentations sur rendez-vous au Château Laroze à Saint-Emilion. C’est un fonctionnement inédit, mais il faut aider ce millésime qui n’intéresse pas forcément grand monde car les conditions commerciales ne sont pas très bonnes…

Quel est votre ressenti sur ce millésime 2019, qui sort dans ce contexte mondial pour le moins compliqué ?

Il rentre dans la série des très bons millésimes. Il est dans certains cas supérieur au 2018, dans d’autres un peu au-dessous, parfois identique. Évidemment, sur les 138 propriétés que compte le Grand Cercle, il peut y avoir des hétérogénéités, mais c’est surtout lié aux différences de terroirs des différentes appellations et aux encépagements. On peut souligner la très belle réussite des appellations communales du Médoc, la constance qualitative de Saint-Emilion et Pomerol, et il y a aussi de belles choses en Pessac-Léognan. Ce millésime aurait mérité une présentation à la hauteur de sa qualité. On fait comme on peut avec les moyens qu’on a, mais on va quand même le faire connaître.

Quelle est justement la stratégie des propriétés membres du Grand Cercle pour attaquer les marchés d’ici à la fin d’année ?
Il y a deux cas. Pour les adhérents du Grand Cercle qui vendent par l’intermédiaire des négociants, c’est une question de relationnel entre le négoce et eux. Le négoce n’est pas très enthousiaste à l’idée d’acheter des primeurs, car ils n’ont pas de demande. L’autre partie des adhérents du Grand Cercle vend directement aux acheteurs de la grande distribution, aux restaurateurs, sommeliers, particuliers ou aux acheteurs à l’exportation. Dans tous les cas, pour s’intéresser au millésime, on nous demande d’afficher des prix globalement à la baisse, pour tenir compte d’un contexte économique difficile. C’est toujours délicat de recevoir une demande de baisse des prix alors qu’on a la certitude que ce millésime 2019 est très réussi, mais je pense malheureusement qu’il faudra en passer par là. C’est un millésime qui naît dans la difficulté, mais va pourtant surprendre et satisfaire ceux qui vont l’acheter.

Outre la présentation du millésime 2019, quelles sont les autres actualités à mentionner pour le Grand Cercle ?
Le Grand Cercle évolue sans cesse au niveau de ses adhérents, certaines propriétés rentrent, d’autres en sortent, en restant toujours autour des 150 membres. En termes d’actions, cette année, on a commencé fin janvier par une action vers la Belgique, la Suède et Berlin pour les millésimes livrables, puis fin février en présentant les primeurs à Londres. Wine Paris a aussi été intéressant. Ensuite, tout le reste a été annulé, et on repartira en action dès que nous pourrons. Évidemment, nous sommes toujours présents sur la Toile pour faire vivre le Grand Cercle, et on a aussi toujours une relation très forte avec les écoles de commerce et d’agriculture bordelaises, à travers notre compétition “Le Cercle d’Or”.

Et de façon prospective, comment envisagez-vous l’avenir du Grand Cercle ?
Pour l’instant, on a besoin de se refonder sur le plan des opérations à mener. Il nous faut réfléchir à mieux communiquer dans ce contexte difficile où on ne nous attend pas forcément. Il y a une vingtaine d’années, les bordeaux étaient perçus comme des produits leaders d’opinion. Aujourd’hui, il faut refaire cette place, se réinventer. Il faut savoir être à l’écoute des attentes des consommateurs, voir ce qu’on attend de nous. Il y a beaucoup de suffisance de Bordeaux qui prétend proposer des vins de référence, les meilleurs du monde, alors qu’autour de nous tout bouge énormément, que ce soit dans d’autres pays, ou par exemple dans le sud de la France. Si on suscite moins d’intérêt que les autres, il faut peut-être se poser des questions. Soit il s’agit d’évoluer sur le plan des décrets d’appellations, pour nous permettre de produire d’autres cépages pour d’autres styles de vins, ou pourquoi pas de mettre le paquet sur une communication renouvelée… Une chose est sûre : c’est fini de décréter qu’on est les meilleurs, maintenant, il faut le prouver !