(photos F. Hermine)
(photos F. Hermine)

A l’heure des derniers coups de sécateurs en Provence, les estimations de la récolte 2020 se révèlent plutôt optimistes, notamment au regard des prévisions alarmantes d’après gel de printemps. Et le millésime 2020, même à moindres volumes, s’annonce joli en qualité.

“Les vendanges ont été précoces de 10 à 15 jours de moins en moyenne par rapport à l’an dernier mais 2020 pour nous va surtout être marqué par le gel de fin mars qui a causé beaucoup de dégâts, mais avec une grande hétérogénéité selon les secteurs, reconnaît le président des Côtes-de-Provence Eric Pastorino. Au sein d’une même coopérative, certains producteurs ont rentré une vendange normale, d’autres étaient à 50% de perte”. Dans les nuits du 24 au 26 mars, les températures étaient descendues jusqu’à -6°C en Provence en touchant un vaste territoire, du Centre Var jusqu’à la côte avec un plus fort impact sur les secteurs de Brignoles, Carcès, Montfort, Correns, Lorgues, Pierrefeu, Fréjus…, la Sainte Victoire et La Londe ayant été un peu plus épargnés. “Après un hiver très doux [le plus chaud depuis 1900] qui avait accéléré le débourrement de la vigne, le gel a surtout touché les cépages les plus précoces, rolle, tibouren et surtout les grenaches dont les proportions ont de fait un peu baissé dans les assemblages, analyse Eric Pastorino. On le voit déjà sur les premiers jus avec des jus un peu plus fuchsia, des rosés lumineux et saumonés”.

Une baisse des volumes moins importante que prévu

Quelques épisodes de grêle très localisés ont également été enregistrés au printemps (notamment sur Toulon et dans le Centre Var) et la pression du mildiou s’est fait sentir notamment dans le Centre Var. Selon les dernières estimations du ministère de l’Agriculture à début septembre, la récolte de tout le bassin Sud-Est (Var, Bouches-du-Rhône mais également Ardèche, Drôme et Vaucluse hors Provence) pourrait avoisiner les 4,75 M hl (au lieu d’un peu plus de 5 M en 2019), soit un recul de 8% comparé à la moyenne des cinq dernières années mais la Provence a été plus touchée dans le bassin de production. “Au printemps, on s’attendait à une baisse des volumes de plus de 30% mais on sera sans doute en-dessous de 20%, même si cela dépend fortement des secteurs, estime Jean-Jacques Bréban, président des Vins de Provence (CIVP). Les grappes étaient belles avec de la concentration et de l’acidité, et le millésime s’annonce prometteur en qualité. Nous avions 130 000 hl de stocks au printemps – on n’est pas habitué à ça- mais heureusement, les rosés se sont bien vendus cet été, en particulier en région, et on peut donc remplir les cuves”.

Une reprise rapide des ventes de rosé

“Les sorties de chai ont en effet été plutôt bonnes cet été, confirme Brice Eymard, directeur des vins de Provence (CIVP). On avait accumulé des -20% en mars et -30% en mai mais on est reparti à +20% entre juin et août et la reprise des ventes de rosé a même été plus rapide que prévu, par le besoin de réapprovisionnement – après une forte consommation de rosé pendant le confinement – et par une consommation repartie très tôt sur les terrasses et en GD. C’est la force du leadership et de la marque Provence qui permet une forte résilience”. Aujourd’hui, les volumes France ont été stabilisés et la baisse des expéditions à l’export limitée à 3%. Seuls, parmi les principaux marchés, les Etats-Unis ont enregistré un fort recul (-13% en volume à fin juillet) tandis que les ventes en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, au Canada… affichaient des croissances à deux chiffres “et de surcroît avec une base mieux valorisée à plus de 4-5€ départ cave, notamment en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas, précise Brice Eymard. Bien sûr, l’annulation des salons et fêtes du vin a eu un fort impact mais les caveaux varois ont très bien fonctionné cet été. La Maison des Vins des Côtes-de-Provence, aux Arcs-sur-Argens (83), a même enregistré une hausse de 10% de la fréquentation et un bond de 30% en chiffre d’affaires”.