Fleuron des Vignobles Jades, réunissant l’ensemble des propriétés bordelaises de la famille Teycheney, le château Fleur de Lisse (Saint-Émilion Grand Cru) inaugurait hier soir sa nouvelle « winery », en présence notamment de l’ancien Premier ministre Édouard Philippe.

C’est souvent la même histoire dans les domaines viticoles, en particulier à Bordeaux : comment faire coïncider un héritage familial, historique, et la nécessité d’innover, d’aller de l’avant, pour pérenniser le(s) vignoble(s) et tirer son épingle du jeu dans un monde du vin de plus en plus concurrentiel ? Hier soir, à Saint-Émilion, la famille Teycheney a apporté sur le sujet une nouvelle et éloquente illustration. Présente dans le vignoble bordelais depuis 1837 (d’abord au Château La Loubière dans l’Entre-deux-Mers), cette famille a enclenché une nouvelle dynamique en 2015, lorsque Patrick Teycheney – fondateur du groupe de maisons de retraite médicalisées Colisée – a repris les rênes de l’activité viticole avec son épouse Évelyne et sa fille Caroline. Désignée présidente de la nouvelle entité des Vignobles Jade, cette dernière, après avoir connu une première partie de carrière dans l’industrie horlogère, s’investit pleinement dans l’univers du vin – un univers dont elle a toujours été proche depuis son enfance.

Dès 2015, les Vignobles Jade se déploient à Saint-Émilion, constituant en quelques années sur la rive droite un ensemble de 32 hectares* qui réunit aujourd’hui les châteaux Fleur de Lisse, l’Etampe et Fontfleurie. Très rapidement, Caroline Teycheney et son père décident de s’entourer d’une « dream team » pour tirer le meilleur de leurs terroirs et hisser ces propriétés au plus haut : Nicolas Géré, directeur des exploitations, Jean-Claude Berrouet, œnologue-consultant, Dominique Massenot pour l’étude des terroirs, Lilian Bérillon pour la sélection du matériel végétal et Margarethe Chapelle pour la « cristallisation sensible » (méthode d’étude de la vitalité des plantes). De façon concomitante, il est décidé d’engager tous les vignobles sur la voie du bio et de la biodynamie – certification AB depuis 2020, et une double conversion Demeter et Biodyvin doit être entamée à partir de l’année prochaine. Cette décision vient tout à la fois d’un constat écologique et d’une affinité stylistique, comme l’explique Caroline Teycheney : « il se trouve que lorsque je dégustais du vin, les cuvées en biodynamie avaient souvent tendance à se distinguer par la précision de leur expression du terroir. C’est aussi une volonté environnementale, qui se double d’un engagement dans le SME [système de management environnemental des vins de Bordeaux, NDLR]. Mais nous approchons cela depuis 2016 de façon pragmatique, et en prenant notre temps – on ne fait pas basculer du jour au lendemain une vigne qui a été longtemps conduite en conventionnel. Faire de la biodynamie, c’est aussi une démarche à expliquer, et le faire-savoir demande aussi du temps ».

Dream Team

Pour accompagner ce nouvel élan qui s’est tout d’abord concentré sur la partie viticole, la famille Teycheney a souhaité impulser une rénovation en profondeur de tout son outil technique. C’est ainsi qu’est née, au château Fleur de Lisse, une nouvelle « winery » réunissant à la fois cuvier, chai d’élevage et site d’accueil œnotouristique. Le cahier des charges, élaboré en famille et en équipe, était le suivant : redimensionner l’outil de production et l’intégrer sur un site unique ; se doter d’un nouveau cuvier moderne, technique et esthétique ; cultiver « l’Art de vivre à la française » autour d’un lieu de convivialité. Pour concrétiser ce projet, c’est une nouvelle « dream team » qui a été réunie : cabinet bordelais Goldfinger Architectes, dirigé par Thomas Chlebowski, le concepteur italien Defranceschi pour l’élaboration du cuvier, l’architecte d’intérieur Sybille Holmberg, mais aussi différents artistes et artisans (Maison Leleu, Camille Rousseau, Francesco Moretti… « Il nous fallait un outil adapté à la dimension de nos 32 hectares à Saint-Émilion, capable d’assumer la vinification et l’élevage des trois propriétés, mais également high-tech et durable », précise Caroline Teycheney.

Ainsi a surgi, après trois ans de réflexion et de travaux s’appuyant sur le bâtiment existant, de 115 mètres de long, un nouvel ensemble intégrant harmonieusement le contemporain et l’ancien, la sobriété et le geste architectural, le pragmatique et l’élégant. Au niveau du cuvier, l’intervention de Defranceschi a permis de mêler les cuves béton existantes avec de nouvelles cuves d’inox irisé, « qui travaille la décomposition de la lumière, leur finition satinée vient souligner leur effet matière de couleur bronze ». Une passerelle relie les différentes cuves entre elles suivant un brevet unique en termes d’ergonomie de circulation. Le sol du cuvier et la passerelle sont revêtus du même granit. Le chai d’élevage, quant à lui, est éclairé par des vitraux réalisés en 1979 par Henri Martin-Granel, maître verrier.

Un Premier ministre en « guest star »

De son côté, l’architecte d’intérieur Sybille Holmberg s’est chargée d’habiller l’intérieur des installations et notamment toute la partie ouverte au public, « avec l’idée de refléter l’accueil familial bordelais », souligne Carolien Teycheney. « Au-delà d’un lieu d’œnotourisme, Fleur de Lisse a vocation à être un vrai lieu convivial, un lieu vivant, correspondant aux attentes des locaux mais aussi des touristes, de plus en plus attirés par le culturel et le patrimonial ». Parmi les nombreux éléments de décoration qui retiennent l’attention, il est important de mentionner une toile de quatre mètres signée par l’artiste Camille Rousseau, représentant le découpage du vignoble de Saint-Émilion.

Des poignées de porte signée Francesco Moretti au mobilier d’intérieur conçu par la Maison Leleu, aucun détail n’a été négligé pour faire de cette winery un lieu de production dédié à l’excellence et à l’amour du détail. Les quelque 400 invités réunis hier soir lors de l’inauguration ont pu en juger sur pièce, à commencer par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe, qui honorait les propriétaires de sa présence, entre autres personnalités de renom. Une façon de souligner l’entrée du château Fleur de Lisse et des Vignobles Jade dans le club des propriétés à suivre de près dans le Bordelais – la complémentarité de styles entre Fleur de Lisse, l’Etampe et Fontfleurie en atteste. S’il est encore trop tôt pour faire des pronostics en vue du prochain classement de Saint-Émilion, il ne fait pas de doute que la famille Teycheney a les moyens de ses ambitions, et de la suite dans les idées.

*Les Vignobles Jade réunissent au total 82 hectares entre l’Entre-deux-Mers et la rive droite, dont 32 à Saint-Émilion.

De gauche à droite 1er rang
Patrick, Jade et Evelyne Teycheney, Edouard Philippe (Ancien Premier Ministre), Caroline Teycheney (Présidente des Vignobles Jade), Alain Rousset (Président de la région Nouvelle-Aquitaine), Nathalie Delattre (Sénatrice de Gironde), Florent Boudié (Député de Gironde).
 
De gauche à droite 2e rang
Thomas Chlebowsky (Architecte), Philippe Dorthe (Président du Grand Port Maritime de Bordeaux), Jean-François Galhaud (Président du Conseil des Vins de Saint-Emilion), Gérard Canuel (Maire de Saint-Hippolyte), Bernard Lauret (Maire de Saint-Emilion), Philippe Buisson (Maire de Libourne), Sybille Holmberg (Architecte d’intérieur).
 
3e rang
Jean-Marie Cambacérès.