Lundi 24 Août 2026
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24.08.2026
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La communauté des moines de l’abbaye Saint-Michel du Barroux (Vaucluse) exploite, avec les moniales de l’abbaye Notre-Dame de l’Annonciation voisine, un domaine viticole en AOC Ventoux. Le fruit de leur labeur est vinifié à la cave de Beaumont-du-Ventoux dans le précepte solidaire de « la voie de la charité ». Fort de leur héritage monastique viticole qui a construit les grands vignobles français, les moines vignerons ont entrepris la création d’un lieu muséal et œnotouristique, dénommé cellarium. Visite spirituelle et virtuelle.
Si le Château du Barroux trône majestueusement sur son piton calcaire vauclusien, l’abbaye Saint-Michel du Barroux se cache dans les bois. À la voir, on l’imagine presque aussi ancienne que Saint-Benoît, le fondateur de l’ordre des Bénédictins, mais, surprise, elle a été construite en style roman, à la fin des années 1980. Le moine Gérard Calvet, qui avait créé une communauté à Bédoin, achète alors un terrain et entreprend son édification. Elle deviendra voisine des moniales qui rachètent, à la même époque, une ferme viticole pour créer l’abbaye Notre-Dame de l’Annonciation.
Tous les grands vignobles français ont des origines monacales. De Chassagne-Montrachet, au Clos de Tart, Clos Vougeot, Romanée-Conti en Bourgogne, jusqu’à Châteauneuf-du-Pape, les Cisterciens, les Chartreux et les Bénédictins disposent de grands vignobles et sont producteurs de vin. Travail et prière, avec la devise « sous la croix et la charrue », feront d’eux des spécialistes et les inventeurs de la notion de climat en Bourgogne. Les besoins de la communion n’explique pas seulement cette spécificité. Le prestige du vin servi aux puissants et aux hôtes de passage, qui faisaient des dons et achetaient du vin en remerciement de l’hospitalité, permettaient une rentrée d’argent nécessaire à la vie de l’abbaye.
En 1309, le Comtat Venaissin alors territoire pontifical, accueille Bertrand de Got, intronisé pape sous le nom de Clément V. Amateur de vin, il arrive de Bordeaux où il a fait planter un vignoble à Pessac, l’actuel Château Pape-Clément. Il séjourne occasionnellement au château qui deviendra Châteauneuf-du-Pape, mais il préfère la campagne de Malaucène et la fontaine du Groseau au piémont du Ventoux. Il y fait planter des vignes, faisant du village le premier vignoble pontifical. Châteauneuf-du-Pape le deviendra plus tard, avec Jean XXII.
Les moines du Barroux ont donc créé un vignoble d’une superficie de 15 hectares. En apportant leurs raisins à la cave coopérative de Beaumont-du-Ventoux, ils ont le projet solidaire de faire de grands vins avec les 60 coopérateurs adhérents. Solidaire, puisqu’en plus d’apporter leur production, ils achètent une partie des vins de la cave, au-delà des prix des mercuriales. Ils travaillent avec Philippe Cambie (un des meilleurs œnologues du monde, selon le « Wine Enthousiast », décédé en 2010), convaincu par ce terroir d’altitude. Ils investissent dans du matériel, des barriques, des cuves et font des sélections parcellaires pour imaginer la marque Via Caritatis. Autour du père Odon, responsable du vignoble, ils sont cinq moines et quatre sœurs à travailler quotidiennement. Pour les vendanges, c’est toute la communauté qui récolte en caissettes un raisin qui, non certifié, à toutes les vertus de l’agriculture biologique.
À la cave, Jean-Philippe Trollet œnologue à l’ICV, « compétent et minutieux » selon les dires de Gabriel Teissier, le directeur de Via Caritatis, suit et assemble les vins avec le père Odon. La gamme, dans les trois couleurs, se décline en : Vox, Pax, Lux, Abbaye, avec un chardonnay en IGP.
En janvier 2027, le public pourra découvrir le cellarium, à deux pas de l’abbaye. Le nom fait référence au cellerier, le moine chargé de l’administration des biens matériels et de la gestion des vins. Un espace de 400 m² dessiné dans l’esprit monastique, par l’architecte des bâtiments historiques. Il comportera un caveau de dégustation, une vinothèque, un magasin, un salon de réception, « pour promouvoir, soutenir l’activité vigneronne et assurer une activité économique au monastère. Au-delà de l’aspect économique et œnotouristique, le cellarium sera une expérience de l’ancrage spirituel et culturel dans lequel ces vins sont nés. La vigne et le vin sont cités plus de 400 fois dans les psaumes. » La partie muséale retracera l’histoire et l’héritage des vignobles monastiques, un patrimoine culturel et humain. « Une entrée spirituelle de l’intérieur de la vie d’un moine. Nous souhaitons faire comprendre cet intérêt, la création et l’organisation des monastères, le lien avec la population, l’économie mixe qui se reproduit aujourd’hui ; la voie de la charité, via caritatis. Ce sera également un hommage aux vignerons qui façonnent le paysage et au terroir entre Dentelles de Montmirail et Ventoux », explique le directeur.
Pour financer le projet de quatre millions d’euros, les moines ont fait appel aux investisseurs et contracté un emprunt bancaire. Ils ont également organisé une levée de fonds via l’association Credo Funding. Une campagne de vente de 5 000 cartons est toujours en cours.
www.cellarium-via-caritatis.com

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