Photo : Domaine Vial Magnères,  Banyuls.
Photo : Domaine Vial Magnères, Banyuls.

Les vendanges se terminent en rouge en Roussillon, elles se font encore attendre pour les vins doux naturels, en particulier à Banyuls. Le point sur la naissance du millésime 2015.

Pour Thierry Gibiard, œnologue-consultant au centre oenologique ICV de Toulouges, la qualité du millésime commence par une vendange saine, récoltée en bonnes quantités, notamment dans les Aspres : « on est sur des rendements supérieurs de 5 à 10% à l’an dernier, on a des muscats généreux, qu’on soit sur du petit grain ou de l’Alexandrie, avec de bons rendements, des raisins très sains, beaucoup de fruit et de belles acidités alors que le manque d’acidité a pu poser problème dans d’autres zones du département et de la région. On a rentré les rouges la semaine dernière, avant cela on avait vendangé des grenaches noirs à 13° pour les rosés, qui avaient alors des couleurs très pâles. La syrah affiche davantage de couleur, et de bons rendements ; et les grenaches que nous avons rentrés à 14° pour les rouges aussi, avec de belles maturités phénoliques. Pour les carignans et mourvèdres, plus tardifs, on compte sur les conditions anticycloniques pour les voir arriver à maturité dans un très bon état sanitaire dans les jours qui viennent. »

Banyuls patiente encore un peu

A Banyuls, Olivier Saperas regarde aussi le ciel… pour les Vieux Banyuls du Domaine Vial Magnères. Car les vins secs sont déjà en cours d’élaboration. « Le millésime est déjà rentré en blanc, en bonne quantité et avec un très joli raisin. En rouge, nos grenaches se comportent royalement, comme ils savent le faire quand le climat leur est favorable (c’est à dire sec, avec du vent). Nous avons eu des entrées maritimes qui ont apporté un peu de fraîcheur en août, au bon moment, comme tous les ans. En rouge comme en blanc les raisins sont tellement jolis qu’on dirait presque plus des raisins de table que des raisins de cuve, ils sont beaux, agréables à croquer et bons à déguster ».

Mais pour les grenaches destinés aux vins doux, il faut encore patienter avant la vendange « nous produisons nos vieux banyuls avec des raisins en surmaturité maximale. On est cependant sur un millésime qui a mis longtemps à mûrir, on n’ira pas au-delà de 16°. C’est déjà bien, mais comme aurait dit mon grand-père « c’est pas une année à faire péter les mustimètres* !» La production de nos vins doux a toujours été un coup de poker avec la météo et les pluies d’équinoxe. Avec la météo à sept jours, on y joue plus sereinement aujourd’hui ! (rires). Surtout quand la météo est belle, comme cette année. Après, pour citer encore mon grand-père, quand on rentrait la dernière benne : « Maintenant, il peut pleuvoir ! ».

On espère qu’il ne pleuvra pas tout de suite, car Banyuls fête sa vendange du 7 au 11 octobre prochain. C’est la vingtième édition de cet événement devenu incontournable, à ne manquer sous aucun prétexte si vous êtes dans la région (pour plus de renseignements, cliquez ici).

Vallée de l’Agly : « l’année de la révélation pour les carignans »

Au Château de Pena, les vendanges se terminent pour la cave coopérative de Cases de Pène, à l’entrée de la vallée de l’Agly « On finit aujourd’hui avec les cabernet franc et les cabernet sauvignon pour nos vins d’IGP », explique Lionel Rodenas, le maître de chai, « L’ensemble de la vendange présente de jolis équilibres entre une belle qualité et des rendements de bonne moyenne, alors que la quantité est souvent un problème chez nous ! »

Longs à mûrir, les rouges sont en phase de macération et on surveille les jus alors qu’ils se chargent de la couleur, des tannins et des arômes contenus dans les peaux des raisins. « Il a fallu être patient pour vendanger les rouges, il faut à présent l’être aussi en vinification. On pratique des temps de macération assez longs sur ce millésime délicat, on est au premier tiers des macérations sur les grenaches et on a déjà la couleur, cela avait été plus difficile l’an dernier. On est cette année sur des grenaches très colorés, avec des profils aromatiques très très intéressants. Dès les premiers décuvages, les moûts embaumaient le bourgeon de cassis, un arôme complexe et prometteur, alors que l’an dernier les moûts sont restés plus longtemps sur leur arômes fermentaires. A l’arrivée on avait eu une jolie qualité, mais cette année promet déjà beaucoup mieux ! La syrah s’exprime aussi vraiment très bien et joue tout son registre, du fruit aux épices. Enfin, je ne crains pas de dire qu’il faut s’attendre à un millésime de révélation sur les carignans. »

Comme l’an dernier, une parcelle a été vendangée par les enfants du village. « Ils dessinent ensuite chacun leur étiquette, nous vinifions et mettons en bouteilles puis nous leur donnons les lots qu’ils vendent eux-mêmes. L’an dernier, le bénéfice leur a permis de partir en voyage. Les enfants sont contents et nous sommes heureux de voir des gamins dans les vignes ! D’autant que la parcelle qu’ils vendangent est celle du doyen des coopérateurs, ça fait un joli contraste ! »

* Instrument grâce auquel on mesure le taux de sucre, et donc d’alcool potentiel, dans les moûts de raisins