Dans son éditorial du numéro 57, actuellement dans les kiosques, Rodolphe Wartel, directeur de Terre de Vins, aborde la question du bio et de la viticulture durable. A lire en intégralité ci-dessous.

Tous les feux sont au vert. En 2016, la France comptait 5 258 viticulteurs bio contre 3 898 six années plus tôt. Quand 170 vignerons entraient en conversion bio en 2014, ils étaient 467 à faire de même en 2017. Au total, cette économie pèse aujourd’hui 1,2 milliard d’euros, 235 fois le chiffre d’AirBnB en France et l’équivalent du produit de douze avions Airbus ! C’est dire si le bio commence à peser dans la balance. Et la tendance ne va pas s’interrompre tend la pression se fait ressentir du côté des consommateurs. Le bio est-il la panacée ? Évidemment non, car si le substantif « conversion » signifie religieusement le fait de passer d’une croyance considérée comme fausse à une vérité admise, le dictionnaire païen reste plus prosaïque : « Fait de se changer en autre chose ». Et Demeter, label certifiant le passage en biodynamie, Terra Vitis ou encore HVE (Haute valeur environnementale)… constituent autant de « conversions » » vers une viticulture plus vertueuse.

La raison doit en effet aider à se préserver des chapelles et les apôtres du bio voient arriver aujourd’hui comme un nuage noir au-dessus de leurs têtes la réduction des doses de cuivre récemment revues à la baisse. Les États membres de l’Union européenne ont en effet approuvé récemment le renouvellement de l’homologation du cuivre agricole avec un encadrement des doses à 4 kilogrammes par hectare et par an, avec lissage sur 7 ans, à partir du 1er février 2019. Ces mesures génèrent des inquiétudes pour ceux qui avaient basculé en bio et utilisaient – soit a priori 20% d’en eux – des doses supérieures à ces nouveaux maxima déclarés. Comment s’adapteront-ils ? Comment résisteront-ils au mildiou qui cette année a abîmé les vignes de Bordeaux, de Provence ou du Languedoc ? C’est une transformation tout entière qui s’opère et la recherche est sommée d’apporter des réponses.

En attendant, des précurseurs ouvrent la voie et proviennent du Languedoc-Roussillon. Ils ont également réussi la mutation vers un vignoble plus responsable : 30% de la surface biologique nationale est aujourd’hui réunie sur son territoire ! Alors que se déroulera Millésime Bio fin janvier à Montpellier, c’est à ces vignerons du Languedoc-Roussillon que nous dédions ce numéro. Faugères, Corbières, Terrasses du Larzac, Picpoul de Pinet, Saint-Chinian, Pézenas, La Clape, Minervois, Limoux… résonnent comme autant d’ambassades d’un vignoble respectueux de ses terroirs. N’en déplaise aux autonomistes, aux défenseurs de l’infiniment petit, l’un d’eux, Gérard Bertrand, s’y est engagé dès 1992. Et représente aujourd’hui le plus grand biodynamiste du monde avec… 650 hectares sur ses 800 qui seront cultivés en 2019 selon les préceptes de Rudolf Steiner. Qui peut en dire autant? On aime ou on aime pas (lire son interview page 46), mais sa croissance audacieuse, sa capacité à conjuguer la diffusion large et la confection d’icônes, suscitent le respect.

Ces vignerons du Sud, comme tous les autres, participeront-ils au Concours Terre de vins (voir page 16) que nous lançons à partir du 1er février sur www.concours.terredevins.fr ? Il sera intéressant de l’observer tant ce challenge leur est également consacré. Il a vocation à donner la parole à ceux qui la prennent peu. En provenance de Limoux, de Chenas, de Grignan-les-Adhémar, de Montlouis, de Riquewihr, de Bourg-sur-Gironde… il n’est pas un jour sans qu’une bouteille arrive à notre rédaction dans l’espoir que nous en parlerons. Or « Terre de vins » n’édite que… neuf numéros par an. Ce Concours offrira ainsi une radiographie complète des vignobles français, une distinction et, surtout, une sélection qui pourra enrichir nos contenus tout au long de l’année. Elle constituera évidemment une garantie de premier ordre pour nos consommateurs et nos lecteurs. Car pour 50 % de ces derniers, lire « Terre de vins » provoque un acte d’achat. Nous en sommes fiers et entendons encore intensifier davantage cette relation entre ceux qui font le vin et ceux qui veulent le découvrir. C’est notre vœu le plus cher. Là aussi, les feux sont au vert. Très belle année à tous.

RODOLPHE WARTEL

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