(Photos F. Hermine).
(Photos F. Hermine).

Après 2000 ans d’histoire, le vignoble avait disparu des coteaux de Seyssuel, au nord de Vienne, avec le phylloxéra, la Première Guerre mondiale et l’industrialisation. Les trois vignerons des Vins de Vienne, Pierre Gaillard, François Villard et Yves Cuilleron, l’ont fait renaître il y a 20 ans.

Plus de vignes donc pas de classement en 1936 à l’arrivée des AOC. Pourtant à regarder de près la carte géologique, il s’agit bien du même massif de gneiss et de schistes que Côte Rôtie, un bout de massif central coupé par le Rhône comme l’Ermitage et Saint Vallier en Crozes-Hermitage. Il bénéficie de surcroît d’un microclimat plus chaud grâce à une exposition sud-sud ouest. En témoignent les figuiers de barbarie et les cigales sur ses pentes à plus de 60%. Il avait belle réputation ce vin de Seyssuel, vendu parfois sous le nom de côte rôtie, et issu comme ses prestigieux voisins de syrah et de viognier.

2000 ans de vignoble

C’est en tombant sur le livre d’agronomie du 17ème d’Olivier de Serres que Pierre Gaillard, vigneron de la région, redécouvre la renommée de ces coteaux. « Pline l’Ancien en parlait déjà dans ses écrits alors pourquoi pas relancer le vignoble car avec la pression foncière, il devenait difficile de trouver des parcelles à racheter, raconte Pierre Gaillard. L’Inao a alors fermé le robinet des droits de plantation des AOC, reste des possibilités en vin de pays des collines rhodaniennes. Pierre Gaillard a parlé de son intérêt pour Seyssuel à l’un de ses jeunes stagiaires de l’époque, François Villard qui en a parlé à un autre jeune vigneron local, Yves Cuilleron. Ils ont tous les trois un consultant en commun et non des moindres, un dénommé Jean-Luc Colombo qui les incite aussi à se lancer. Et c’est parti pour la belle aventure. L’association des trois compères débouche en 1996 sur la société des Vins de Vienne. Les 4 premiers hectares achetés, près du château des Archevêques, sont d’abord dédiés à la reine syrah. Les trois vignerons décident alors de baptiser les cuvées à venir du nom des trois “crus” qu’avaient identifié Pline l’Ancien dans ses écrits pour garder le lien au terroir. La première sera le Sotanum en 1998 (80 hl) puis en 2000 le blanc Taburum à base de viognier et en 2004, la deuxième cuvée de rouge, l’Heluicum, sur un profil plus fruité et abordable.

Un élevage qui s’affine

“On a tous les trois la même philosophie de recherche de qualité et les mêmes goûts mais dans nos domaines respectifs, on fonctionne surtout à l’instinct, précise Yves Cuilleron. Pour les vins de Vienne, il faut que l’on discute ensemble, que l’on échange ne serait-ce que sur les vinifications, ce qui nous oblige à être plus précis mais nous ne tombons pas toujours d’accord. Dans ce cas, c’est notre œnologue et responsable technique, Pascal Lombard, qui tranche”. Les rouges se sont affinés avec le temps, des essais ont été faits en incluant jusqu’à 10% de viognier, pratique locale courante pour finalement garder le cépage en blanc… mais quelques pour cents pourraient être remis dans les rouges pour gagner en fraîcheur. “Il faut reconnaître qu’au début tout artifice était bon en vin de pays pour être plus démonstratif hors appellation, avoue François Villard. D’où beaucoup de fûts neufs au départ – d’abord 100% dans le Sotanum a 18 mois, redescendu aujourd’hui à 40% – et un élevage marqué qui correspondait aussi au goût de l’époque”.

Les Vins de Vienne produisent aujourd’hui sur 12 ha dont 1, 5 en blanc, 350-400 hl à un rendement de 30-35 hl/ha, soit environ 50 000 bouteilles. Mais ils ne sont plus seuls sur les coteaux de Seyssuel, plantés désormais par une quinzaine de vignerons (Louis Chèze, Stéphane Ogier, Alain Paret, Michel Chapoutier, Pierre-Jean Villa…).

Victimes du succès

Les premiers flacons étaient vendus à 120 Frs : “On s’est calé tout simplement sur le prix du côte rôtie et du condrieu, précise François Villard avec un grand sourire. C’est sûr que c’était un sacré challenge pour des vins sans AOC, juste en collines rhodaniennes, mais ça a fonctionné”… “Avec l’aide des premiers millésimes qui ont bénéficié de conditions particulièrement favorables (1998, 1999, 2000, 2001)” précise Pierre Gaillard. Aujourd’hui Sotanum et Taburnum sont commercialisés à 35 €, Heluicum à 25 €, principalement auprès des restaurants et cavistes de l’Hexagone mais une bouteille sur quatre part néanmoins aux États-Unis, en Suisse, au Japon… Les vins de Vienne ont développé par ailleurs en négoce une petite gamme de crus rhodaniens (Côte Rôtie, Condrieu, Saint-Joseph, Saint-Péray, Crozes-Hermitage…), d’abord en achat de raisins mais aussi en rachetant 6 ha (450 000 cols hors Seyssuel). Victimes de leur succès, seul le dernier millésime des trois cuvées des Vins de Vienne reste disponible à la vente – le 2015 sera mis en bouteille en mars prochain.

Sotanum 2014 : Des arômes de kirsch sur des notes de cuir, très structuré et puissant sur un beau boisé. De garde.

Heluicum 2014 : Seulement un an d’élevage au lieu de 18 pour le Sotanum. Des arômes de cerise et de framboise sur une belle fraîcheur épicée et des tanins déjà fondus et élégants.

Taburnum 2014 : Des arômes de fruits blancs (poire, pêche) et de fleurs blanches sur des notes de beurre fermier et de miel.

À goûter aussi à la Pyramide à Vienne où le chef étoilé Patrick Henriroux a vite adhéré au projet des vins de Vienne qu’il a toujours à sa carte. Mais vous pouvez aussi apporter votre bouteille au restaurant le jeudi soir sans droit de bouchon.
Référencés aussi aux bars à vins viennois Le BarCarOlle, rue de la charité, et le Fab & Co, rue du musée.