Dégustation aux Caves Charlemagne avec le propriétaire Emmanuel Bouyer (à droite). Photo DR.
Dégustation aux Caves Charlemagne avec le propriétaire Emmanuel Bouyer (à droite). Photo DR.

Quelques initiatives de la filière vin ont émergé ces dernières semaines pour aider les cafés, hôtels, restaurants à tenir le coup en attendant le déconfinement ou à préparer la réouverture de leurs établissements début juin.

Alors que les assurances rechignent toujours à indemniser les pertes d’activités des CHR (cafés / hôtels / restaurants), que les banques ne se précipitent pas pour accorder des crédits et que les aides de l’État ne sont pas toujours simples à obtenir, des initiatives diverses ont émergé pendant le confinement pour donner un coup de pouce aux établissements en fermeture obligatoire depuis le 16 mars. A commencer par l’opération #jaimemonbistrot que nous avons déjà relayé dans nos colonnes. Mais d’autres idées sont nées dans toute la France. Preuve en est que la filière sait se serrer les coudes et pas seulement les lever.

Coup de pouce com’ & marketing

La Maison Chapoutier pour qui la restauration représente 70% du chiffre d’affaires, a mis en place une carte collaborative pour les clients ouverts en drive ou en livraisons à domicile diffusée sur les réseaux sociaux, un drive collectif à Tain (26) entre producteurs de vins, de fruits et légumes et de fromages, et a mobilisé sa vingtaine de commerciaux exclusifs sur ce circuit et ses 70 agents spécialisés qui ont encore travaillé deux demi-journées par semaine pour aider les partenaires CHR de la maison. “Nous avions les moyens en hommes et en matériel pour leur proposer flyers et affiches afin qu’ils puissent communiquer sur leurs offres vins avec des menus en drive et nous avons mobilisé le service marketing pour offrir aux restaurateurs, dans les deux prochains mois, communication, affiches et cartes des vins”, détaille Mathilde Chapoutier à la tête du service commercial France. “Nous avons également sorti des formats quarts et demi-bouteilles pour accompagner les menus à emporter, accorder des flexibilités de paiements et pour soutenir la reprise de l’activité début juin, nous sommes en train de finaliser des offres 5+1 et 11+1”. En parallèle, la maison rhodanienne va acheter à ses clients restaurateurs des bons cadeaux (menus, dégustations, ateliers, séjours…) qu’elle compte offrir à ses agents et commerciaux en guise de prime et pour aider au redémarrage de l’activité CHR.

Une cuvée charentaise solidaire

Aux Caves Charlemagne à Angoulême (16), négociant-vinificateur travaillant avec une vingtaine de vignerons charentais, son dirigeant Emmanuel Bouyer propose la cuvée phare d’IGP Vins Charentais en collaboration avec la société rochelaise de distribution Puits-Vineux de Guénolé Hureau. Cette édition limitée solidaire dans les trois couleurs est habillée d’une étiquette spécifique et éditée à environ 2000 bouteilles. Habituellement distribuées en restauration, la nouvelle bouteille est ainsi proposée aux particuliers via les réseaux sociaux, “distribuée sur le site internet et dans quelques points de vente comme les épiceries de proximité et des supermarchés locaux qui ont bien voulu jouer le jeu, explique Emmanuel Bouyer. 1,50€ par bouteille sera reversé au GNI16 (Groupement National des Indépendants Hôtellerie et Restauration) et à l’UMIH17 (Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie) afin d’apporter une petite aide à la relance de l’activité. Ces fonds devraient servir à financer des kits de redémarrage comme des gels, masques, protections dans les établissements.

Un don en liquide

Le Château Puech-Haut à Saint-Drézery (34) a expédié depuis trois semaines 40 000 bouteilles en CHR et chez les cavistes pour participer à la reprise. “On voulait un geste fort pour un circuit qui pèse 55% de notre activité et on a pensé à un cadeau de trésorerie sous forme d’un lot de 36 bouteilles à chacun de nos partenaires et sans condition d’achat”, précise le directeur général Denis Gigault. Il s’agit de la cuvée phare Argali, pays d’’Oc rosé 2019 en syrah-cinsault-grenache dans sa belle bouteille conique sérigraphiée [1 million de cols par an] et du millésime 2019. “Il n’était pas question de vider nos stocks. On embouteille donc le dernier millésime au fur et à mesure pour aider à la réouverture, ce qui représente jusqu’à 1000 € de chiffre d’affaire pour certains clients”. Pour distribuer les dons, le réseau d’agents d’une soixantaine de collaborateurs dans toute la France (sauf la Corse) a été mobilisée et Puech-Haut envisage de mettre en place via son importateur le même type de cadeau pour ses partenaires américains (350 établissements) “et tant pis si nous finissons de vendre l’Argali rosé en août, les consommateurs boiront du blanc”.

Toutes les idées n’ont pas reçu le même accueil. Stéphane Profit d’Agrappa-La Cave à Colombes (92) avait tenté de lancer pendant le confinement un groupe Facebook proposant une plateforme d’échange entre cavistes restés ouverts et restaurateurs fermés ayant besoin de trésorerie pour récupérer leurs stocks. Une belle idée solidaire mais qui a fait long feu, “les restaurateurs n’ayant pas de visibilité sur la situation, ils n’ont pas osé se dépouiller de leurs bouteilles pour la réouverture” estime le caviste. C’était l’intention qui comptait…