Pour les 25 ans de Millésime Bio, qui se tient du 29 au 31 janvier à Montpellier, le logo AB s’affiche, encore une fois, comme le seul sésame d’accès à ce salon mondial des vins biologiques. L’occasion, pour les organisateurs, de passer au crible la réglementation autour de la fameuse étiquette AB, convoitée mais jamais détournée à ce jour.

AB, pour agriculture biologique. C’est la “marque” préférée des Français, bénéficiant d’un indice de confiance de 84% auprès des consommateurs et d’un taux de notoriété de 98%. Deux lettres qui, ramenées au monde du vin, demandent beaucoup de travail aux vignerons qui s’en revendiquent et créent la discorde au sein même de la profession, entre ceux qui sont certifiés et ceux qui ne le sont pas mais affichent des pratiques bios. Dit plus prosaïquement, entre ceux qui “disent ce qu’ils font et font ce qu’ils disent”, et les “opportunistes de l’agriculture propre au fil des millésimes qui sont bio quand tout va bien et qui ne le sont pas quand c’est un peu plus difficile”, regrette Jean-Benoît Cavalier, vigneron certifié AB au château de Lascaux et président de l’appellation Languedoc.

A l’heure où s’inaugure le salon Millésime Bio, du 29 au 31 janvier au parc des expositions de Montpellier, il y aura forcément des jaloux. Des laissés pour compte (les vignerons en conversion bio, non autorisés à participer au salon), des salons off se revendiquant ou pas du fameux label, des milliers de bouteilles frappées ou pas du logo vert, des vignerons nature, des outsiders et une poignée d’élus : les 1 000 vignerons certifiés AB présents à cette 25ème édition.

AB : question d’étiquette

« Seuls les vignerons qui passent l’examen de l’Agence Bio (l’Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique, créée par les ministères de l’agriculture et de l’écologie, NDLR) par l’intermédiaire d’organismes certificateurs peuvent apposer un collant AB sur leurs étiquettes ou contre-étiquettes de vin », rappelle Patrick Guiraud, président de SudVinBio, l’association organisatrice de Millésime Bio. Cette certification garantit « des vins sans aucun produit de synthèse, sans OGM, sans herbicide, avec des doses limitées de sulfite et un impact positif sur l’environnement et la santé », insiste ce dernier.

A l’heure où Millésime Bio fête ces 25 ans, ce rappel revient à enfoncer des portes ouvertes (on peut supposer que les visiteurs du salon savent précisément ce qu’est un vin bio). Ou pas. « L’une des forces de l’agriculture biologique en France est d’avoir réussi à mettre en place un logo AB et un système de contrôle emportant la confiance du consommateur tout au long de la chaîne de fabrication et de diffusion, analyse Florent Guhl, le directeur de l’Agence Bio. Étiqueter un produit bio jusqu’au magasin final tout en maintenant cette confiance sur la traçabilité, c’est une réussite qui comporte aussi une réelle fragilité : cela nous rend responsable vis-à-vis des consommateurs, cette confiance il ne faut pas la décevoir. »

Logo européen : l’étiquette à la loupe

Car paradoxalement, le bio est le secteur qui se caractérise par la plus grande quantité d’informations donnée aux consommateurs en terme d’étiquetage : pluralité des organismes certificateurs, au nombre d’une dizaine (Ecocert, Bureau Veritas, Certisud, etc.), vignerons pratiquant ou pas la biodynamie (ceux qui s’en revendiquent sont obligatoirement certifiés AB), logo AB, logo européen ou Eurofeuille (une feuille sur un fond vert), etc. « Il faut voir les gens dans les supermarchés en train de se débrouiller dans les rayons vins », reconnaît Florent Guhl.

Si l’usage du label AB est facultatif (bien que garantissant que la provenance des produits est française), depuis 2010, le logo européen est obligatoire sur les produits pré-emballés. Pour les organisateurs de Millésime Bio, c’est là où le bât blesse, l’Eurofeuille n’offrant pas une garantie suffisante de l’origine des vins : les produits peuvent provenir de l’agriculture européenne (l’étiquette mentionne en ce cas « Agriculture UE ») ou être un mélange de provenance européenne ou non européenne (mention « Agriculture UE/non UE »).

« Les consommateurs qui achètent bio s’attendent à consommer des produits de proximité, élaborés en France ou a minima en Europe. Nous demandons au Ministère de l’Agriculture plus de clarté en terme d’étiquetage afin de garantir l’origine du pays de production », conclut Patrick Guiraud. Ces questions seront abordées mardi 30 janvier en matinée, lors d’une série de conférences (« Le vin biologique : rappel des fondamentaux »).