Bruno Dangin vit et produit bio. Une idéologie exigeante qu’il applique au quotidien pour créer sa gamme de crémants de Bourgogne. Et qu’il veut faire découvrir au public du salon “Terre de Vins” durant deux jours.

Une bulle bio à quelques pas des célèbres terroirs champenois. C’est ce qu’est l’exploitation de Bruno Dangin, à l’extrême nord de la Bourgogne. Trois hectares de pinot noir sur un sol argilo-calcaire, qu’il a acquis en 2010. Et immédiatement convertis au bio, pour une première récolte labellisée en 2014, le temps nécessaire à la conversion. Chef de cave en Champagne pendant 40 ans, il applique son savoir-faire jour après jour, tout en respectant ses idéologies environnementales.

Produire en bio n’est pas chose aisée.
Si les connaissances à la vigne et au chai ne sont pas un problème pour le propriétaire, la conversion impose des investissements conséquents. « Par exemple, pour le désherbage, en l’absence de produits chimiques, il est impératif d’acquérir des machines perfectionnées. Elles doivent être à la fois efficaces et compactes pour passer entre les rangs de vignes. Un petit tracteur coûte déjà 20 000 € » explique le propriétaire.

Si la technologie est indispensable, la vigilance est elle aussi une clé essentielle du succès. Sans protection chimique, les baies sont plus exposées aux maladies. « Nous sommes totalement tributaires de la nature, il faut l’accepter, affirme, philosophe, le viticulteur. Selon les millésimes, les rendements peuvent être moindres, c’est le jeu. En 2012, une année climatiquement compliquée, nous avons eu un rendement de 25 hecto/ha, contre 70 hecto/ha en 2013. »

Pour obtenir la qualité optimale en respectant ses idéologies biologiques, Bruno Dangin a dû adapter ses pratiques culturales. Et apprendre à savoir ruser. « Nous utilisons le cuivre contre le mildiou, le lait contre l’oïdium, et la tisane, notamment d’ortie, comme fortifiant » décrit-il. Au chai, la même éthique est de rigueur. Les crémants sont vinifiés selon la méthode champenoise, mais avec des levures et du sucre de canne biologiques.

Crémant, opération séduction

La présence de Bruno Dangin sur le salon des vins de la Rochelle n’est pas un hasard. Son but ? Séduire la clientèle hexagonale. « Le consommateur français est encore peu familiarisé avec le crémant de Bourgogne. A moins d’être déjà connaisseur, il va encore très souvent vers l’étiquette en privilégiant la mention ”Champagne” » déplore le viticulteur.

Pourtant, les crémants sont souvent de bons rapports qualité-prix. Les crémants de Bruno Dangin n’ont d’ailleurs pas à rougir. Dégustés à l’aveugle, ils trônent fréquemment dans la même catégorie que des champagnes commercialisés à une cinquantaine d’euros. La propriété propose des crémants blancs (brut et demi-sec) et rosés, à partir de 8, 50 €. Mais aussi une cuvée « prestige de Narcès » (10 €) présentée pour la première fois au salon des vins de la Rochelle. Sa spécificité ? « Elle est élaborée à partir des plus vieilles vignes, âgées de 37 ans. Puis élevée en vieux fûts de chêne, à l’inverse des autres cuvées élevées en cuves. Ce passage en fûts lui confère plus de rondeur et de gourmandise » détaille le propriétaire.

Pour l’heure, le Japon et l’Italie représentent la plus grande partie des ventes de l’exploitation. Un constat qui fait écho aux bons chiffres à l’export des sept crémants AOP français, selon une étude de Vinexpo. En 2013, leurs ventes ont progressé de 5%, avec 75 millions de bouteilles vendues. Une croissance largement due à l’export, dont la part culmine à 55% pour les crémants de Loire, immédiatement suivis par les crémants de Bourgogne. Ces statistiques sont encourageantes pour les producteurs français. Et constituent une motivation supplémentaire pour Bruno Dangin , pour continuer à voir la vie en bulles… et en bio ! En savoir plus sur www.bruno-dangin.com

Laura Bernaulte