Jean-Marie Stoeckel, Serge Dubs, Philippe Nusswitz, Philippe Faure-Brac et Romain Iltis conquis par des vins d'Alsace qui défient le temps.
Jean-Marie Stoeckel, Serge Dubs, Philippe Nusswitz, Philippe Faure-Brac et Romain Iltis conquis par des vins d'Alsace qui défient le temps.

Les vignerons comme les sommeliers alsaciens en sont convaincus, les vins blancs de leur région sont capables de défier le temps. Ils en ont fait la démonstration lors d’une dégustation exceptionnelle organisée à la Confrérie Saint-Étienne à Kientzheim.

Depuis 2005, un rendez-vous biennal réunit, tantôt dans l’Est, tantôt dans le Sud, les sommeliers d’Alsace et ceux du Languedoc-Roussillon et vallée du Rhône sud. Cette année, cette rencontre avait pour cadre la région de Ribeauvillé et Romain Iltis, sommelier qui s’affirme comme l’un des spécialistes du vignoble alsacien, a imaginé un programme rythmé par de nombreuses dégustations.

Et parmi les nombreux temps forts : visite aux domaines Schlumberger, dégustation au domaine Josmeyer et découverte des vignerons qui donnent une nouvelle dimension qualitative à la production de pinot noir, était également prévue une rencontre à la Confrérie Saint-Étienne. Une structure basée au château de Kientzheim qui célèbre cette année les 70 ans de sa renaissance.

Romain Iltis, donc, a su convaincre son grand maître de plonger dans l’œnothèque de l’association afin de proposer une découverte de millésimes anciens. Vingt cuvées au total dont la plus ancienne, un grand cru 1971 du domaine Antoine Gaschy, ont été soumises au palais de professionnels, notamment des cinq Meilleurs sommeliers de France présents qui livrent ici leur coup de cœur.

Jean-Marie Stoeckel (MSF 1972) a retenu le sylvaner Brand 1983 granit à deux micas du domaine Hurst à Turckheim : « Ce sylvaner est né dans un grand cru au terroir granitique mais ne peut en porter le titre car le sylvaner ne fait pas partie des cépages retenus. 1983 fut une année riche et solaire. Derrière des parfums mentholés, il présente une jolie densité grâce à une acidité encore très présente. Il est à faire goûter à ceux qui peuvent encore douter que le sylvaner peut offrir de grands vins. Son incroyable jeunesse peut l’associer à quelques coquillages sautés ou bien à un gratin d’écrevisses. »

Serge Dubs (MSF 1983, Meilleur sommelier du monde 1989) a choisi la cuvée Harmonie R 2009 de Maurice Schoech à Ammerschwihr. « Ce vin qui commence à être à maturité présente l’originalité d’être issu d’une parcelle en complantation où l’on trouve riesling, pinot gris et un peu de gewurztraminer sur le terroir Ranger. Les cépages sont tous vinifiés ensemble. Si la couleur évoque une petite évolution, le vin n’est pas oxydatif. Son bouquet est généreux, vineux avec des arômes de coing confit et un nez de fumé. En bouche, il a beaucoup d’amplitude, une richesse sans lourdeur. C’est une belle explosion aromatique qui en fait un grand vin de repas pour accompagner une volaille à la truffe ou un turbot rôti au four avec champignons et marrons. »

Philippe Nusswitz (MSF 1986) a porté son choix sur le grand cru Rangen 2010 du domaine Schoffit à Colmar. « Cette cuvée révèle l’harmonie parfaite entre un sol volcanique et le capage pinot gris. Le résultat est un vin puissant, racé, complexe et subtil à la fois. C’est presque le plus rouge des blancs que j’ai pu goûter depuis mon arrivée. Son côté fumé est très élégant et j’apprécie l’équilibre entre puissance et finale en dentelle. Il est encore dans sa prime jeunesse et dans 10 ou 20 ans, on le regoûtera avec le même plaisir. Mais dès aujourd’hui je l’imagine très bien avec des ris de veau poêlés accompagnés d’une sauce crémée aux morilles. »

Philippe Faure-Brac (MSF 1988, Meilleur sommelier du monde 1992) a été charmé par le gewurztraminer grand cru Brand 1990 granit à deux micas de la cave de Turckheim. « 1990 est un millésime qui déçoit rarement. Ici, le vin donne à la fois l’image de la maturité et de la jeunesse et dévoile un bel équilibre entre ampleur, acidité et minéralité. Il correspond à la philosophie du vigneron qui porte traditionnellement sur l’ampleur. C’est aussi l’expression d’un compromis intergénérationnel entre ce que faisait papa et ce que fait le fils désormais. L’ampleur et la fraîcheur offrent beaucoup de possibilités d’accords. Avec une volaille légèrement crémée et des spaetzles ou bien une côte de veau avec quelques champignons et un jus subtilement épicé… »

Romain Iltis (MSF 2012) a opté pour le riesling grand cru Brand 1990 granit à deux micas du domaine Zind-Humbrecht à Turckheim. « Ce vin est né sur un terroir granitique et s’exprime façon verticale. Les notes de citronnelle et de noix de cajou sont les symboles de son évolution. En bouche, il exprime une vraie droiture avec de subtiles notes de mandarine confite et une longueur empreinte de puissance saline. La dégustation confirme qu’il a atteint sa plénitude et invite à un mariage avec un filet de sole rôti au beurre noisette, purée de coriandre, huile à la tanaisie et marmelade de pommes granny smith. »