(Photo P. Martinez)
(Photo P. Martinez)

Le cuivre dont les doses autorisées seront restreintes à partir du 1er février, était en vedette lors d’une conférence-débat mardi 29 janvier, à l’occasion de Millésime Bio. Pour la filière bio, il est urgent d’engager des pistes de réflexion anticipant la prochaine décision de l’Europe, conformément au sursis de sept ans accordé par les experts des États Membres.

L’Europe a tranché le 27 novembre 2018 à Bruxelles, prolongeant pour une durée de sept ans l’autorisation du cuivre par les vignerons certifiés en Agriculture Biologique (AB). Mais en limitant les doses autorisées d’un tiers : elles passent à 4 kilos par hectare et par an avec la possibilité de lissage sur sept ans, au lieu de 6 kilos sur cinq ans, le lissage offrant aux vignerons une marge de manœuvre : ils peuvent augmenter les pulvérisations en cas de forte pression parasitaire sur un millésime, à condition de les réduire l’année suivante.

Ce sursis de sept ans accordé par les experts des États Membres à la filière bio, était au cœur de la conférence-débat organisée mardi 29 janvier lors du salon Millésime Bio (jusqu’au 30 janvier au parc des expositions de Montpellier). L’occasion d’un état des lieux sur les alternatives possibles au cuivre et les perspectives à l’échelle des sept ans.

Les bios stigmatisés

A ceux tout d’abord qui se posaient la question de l’utilité d’un tel débat, Patrick Guiraud, président de l’association Sudvinbio organisateur du salon, a répondu en introduction de ces rencontres : « La récente décision des États Membres a certes figé la donne. Mais le débat reste indispensable car il faut réhabiliter l’image des vins bio fortement discréditée par cette directive qui fait passer les vignerons bio pour des défenseurs de l’utilisation du cuivre. Il est intolérable de laisser s’installer de telles opinions dans l’esprit du consommateur : nous vignerons bio, nous sommes respectueux de l’environnement et réduisons autant que possible les doses. »

Qu’est-ce qui est alors mis en cause dans cette décision européenne ? Un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) présenté à l’Europe fin 2017 et dont les conclusions sont accablantes pour le cuivre avec une multitude de risques identifiés, pour les oiseaux, les travailleurs, les organismes aquatiques ou les macro-organismes du sol. « C’est sur la foi de cette étude que les experts européens ont pris leur décision. Ils ont prêté foi aux conclusions erronées de cette étude ce qui a biaisé leur décision », dénonce Michel Gendrier, président de la commission environnement des Vignerons Indépendants qui souhaite voir financer une étude objective sur la réalité de la situation. « Si l’on ne revient pas d’ici sept ans sur l’étude de l’ANSES, l’Europe ira forcément vers de nouvelles contraintes pénalisantes pour la viticulture », avance-t-il.

Des alternatives satisfaisantes au cuivre ?

Le cuivre, utilisé en tant que fongicide sous forme de « bouillie bordelaise » par les vignerons bio autant qu’en agriculture conventionnelle, est le seul moyen de lutte naturel contre le mildiou, un champignon ravageur de la vigne qui se propage avec l’humidité. Il n’existe à l’heure actuelle aucun substitut satisfaisant à ce produit naturel, comme le rappelait lors des échanges, Raphaël Métral, ingénieur agronome à Montpellier Supagro, venu présenter les résultats d’une expertise scientifique collective de l’INRA (ESCO) : « Peut-on se passer du cuivre en viticulture ? »

Cet état des lieux de la recherche identifie certes quelques leviers agronomiques alternatifs comme les micro-organismes utilisés en lutte biologique, les variétés résistantes aux maladies cryptogamiques, l’homéopathie voire l’isothérapie, ou les biocides naturels (huiles essentielles d’agrumes, extraits de sauge, de réglisse, d’ail) « dont cinq sont homologués au niveau européen et certains sont supposés efficaces, mais sans que les produits commerciaux soient forcément disponibles », a reconnu ce chercheur. Car si pour Raphaël Métral comme pour l’ensemble des participants au débat, il est évident que « le cuivre s’accumule dans les sols et qu’il ne peut en conséquence représenter une pratique durable si l’on se projette sur 50-60 ans », il est évident aussi que la recherche n’est toujours pas en mesure de proposer de substitut satisfaisant.