(Photos F. Hermine)
(Photos F. Hermine)

2018 a été l’année de tous les records pour les crémants, après plusieurs récoltes difficiles qui ont limité le potentiel de développement faute de matières premières.

“On rêve de dépasser les 100 millions de bouteilles depuis quelques années mais les petites récoltes successives à cause des aléas climatiques ont fait baisser les stocks et la commercialisation plafonne sous la barre des 85 millions de bouteilles”, reconnaît Olivier Sohler, directeur de la fédération des crémants de France. “Avec la belle récolte de 2018 qui avoisine les 875 000 hl produits sur 11 722 ha, nous avons pu élaborer 110 millions de bouteilles qui seront prêtes à être commercialisées à partir de la fin de l’année”. De quoi passer les fêtes avec les bulles des huit régions productrices de crémants.

Engouement et communication à l’international

Si le marché français qui représente plus des trois quarts des ventes est relativement stable, l’export tire la croissance, bien que les régions de production enregistrent de fortes disparités (5% pour les crémants de Savoie, 8% pour ceux de Die mais 38% pour les Bourgogne et 56% pour la Loire) avec de fortes croissances pour le Jura, Bordeaux ou Die. Le potentiel de ventes augmente, en particulier au Benelux, aux Etats-Unis qui ont détrôné l’Allemagne comme premier consommateur d’effervescents dans le monde et troisième exportateur de crémants, en Scandinavie surtout en Suède et en Norvège, dans les pays de l’Est, en Italie…

“Nous allons profiter de la hausse de la demande à l’international pour nous lancer dans une communication collective à l’étranger pour la première fois avec comme cibles prioritaires le marché nord américain et la Scandinavie”, précise Franck Vichet, président de la fédération. “Nous avons voté un budget pour lancer le mouvement et servir de support aux initiatives des entreprise avec l’aide des Interprofession régionales”. Un appel d’offres a été lancé il y a quelques mois, les copies ont été remises cet été, reste à éplucher les propositions pour un verdict cet automne. En espérant que 2019 qui s’annonce “de qualité extraordinaire mais en quantité moyenne, autour des 90 millions de bouteilles selon les estimations” permettra de maintenir les efforts.

La fédération rêve également de booster la valorisation des cuvées, à l’instar de l’Alsace avec les cuvées Émotion, la Bourgogne avec Éminent et Grand Éminent et la Loire suivra avec Prestige de Loire. Bordeaux réfléchit aussi à ce type de cahier des charges plus draconien pour monter en gamme. “En attendant, il faut poursuivre la reconstitution des stocks pour permettre à la demande de progresser en douceur et parce que le vieillissement est améliorateur”, poursuit Olivier Sohler. “Les systèmes de vins de réserve à la champenoise expérimentés en Loire et en Alsace et les réserves interprofessionnellles en Bourgogne et dans le Jura devraient nous y aider”.

Discussions en cours avec les autres bulles

Les crémants ne devraient pas être les seules bulles à profiter de l’engouement mais ils semblent jouer l’apaisement dans la guerre avec les IGP. Le tribunal de grande instance de Lyon a décidé ce printemps que toute IGP dont le cahier des charges effervescents a été annulé en conseil d’État ne pourrait laisser les produits sur le marché (Oc et Allobroges). En 2011, 36 IGP avaient déposé un cahier des charges effervescents, 33 ont été invalidées dont 8 ont redéposé un dossier, à nouveau invalidés pour 7 (seule est autorisée Méditerranée) puis 4 à nouveau déposés dont 2 une nouvelle fois rejetés (Pays d’Oc et Allobroges). À la fin de cette succession rocambolesque d’opérations et soustractions, peuvent désormais produire en toute légalité les IGP suivantes : Méditerranée, Haute-Loire, Var, Hautes Alpes, Maures, Comté Tolosan et Coteaux de l’Ain.

“Nous tentons de relancer les discussions à la fois avec les IGP mais également avec les AOP comme le Vouvray, la Blanquette de Limoux, et même le Champagne pour une hiérarchisation de l’offre”. La discussion risque d’être délicate lorsque seront abordés avec les IGP les thèmes litigieux comme une réduction de la liste des cépages autorisés (certains n’étant pas adaptés aux effervescents selon la Fédération des Crémants), ou l’exclusion de la méthode traditionnelle comme en Oc (99% des vins sont produits en méthode Charmat mais les producteurs ne veulent pas se priver d’une possibilité). “Il ne s’agit pas de contrer les IGP en tant que tel mais de définir des règles claires pour organiser l’offre sur les marchés internationaux”, affirme Olivier Sohler. En revanche, pas de nouvelles appellations Crémant en vue en dehors des déclarations d’intention de Michel Chapoutier qui rêve d’un crémant du Rhône.

Ci-dessous : Olivier Sohler et Franck Vichet (photo F. Hermine)