(photo JM Brouard)
(photo JM Brouard)

Dans une période où la question des droits des femmes et de l’égalité hommes-femmes s’invite de plus en plus au cœur des discussions, la Journée internationale des droits des femmes constitue un moment bien particulier. Elle est propice aux réflexions sur la place des femmes, et le monde du vin ne fait pas exception.

Rappelez-vous. Au XXème siècle, parler de 2020 était synonyme d’un futur prometteur où le champ des possibles paraissait infini. Un futur où les choses auraient beaucoup changé, dans de nombreux domaines. Eh bien, nous y sommes. Et une chose est sûre, le 8 mars est toujours marqué du sceau de la « Journée internationale des droits des femmes ». La condition féminine interroge plus que jamais, et il apparaît évident – l’actualité récente le prouve encore – que nombreux progrès doivent encore être réalisés. Le monde du vin ou bien celui de la cuisine ne sont évidemment pas exempts de cette nécessaire marche en avant. Anne-Sophie Pic, Hélène Darroze, Stéphanie le Quellec et les 30 autres cheffes étoilées doivent se sentir encore un peu seules parmi les 630 restaurants primés en France. Mais il est tout de même permis de voir quelques signaux d’espoir. Un nombre croissant de femmes sont en apprentissage dans les univers de la gastronomie ou la sommellerie, et peu à peu les obstacles semblent se lever. Une femme de talent a avant tout… du talent. Cette journée est donc l’occasion de rappeler le rôle des femmes dans le monde du vin. Et surtout le fait que leur place au premier plan doit relever de la normalité. Une femme à la tête d’un domaine ? Normal. Une femme créatrice d’un domaine ? Normal. Une femme responsable de la commercialisation ? Normal.

Des histoires humaines avant tout

Il fut un temps où il était classique de ramener les femmes à leur état de femme pour justifier en permanence une pseudo différence dans l’approche de la viticulture ou de la vinification par exemple. Les femmes faisaient des vins féminins. Évidemment. Un monde binaire, comme c’est pratique et reposant pour les neurones. Mais les choses évoluent. Parler de vin féminin est aussi limité que de parler de cuisine masculine… Parlons donc de Juliette Monmousseau qui assume la Direction Générale de la maison Bouvet Ladubay dans la Loire. La voici à la tête de l’entreprise familiale qui était passée entre différentes mains ces dernières années. Et elle porte aujourd’hui toujours plus haut la notoriété de cette maison saumuroise. Il en va de même pour Catherine Corbeau-Mellot à la tête de la grande maison ligérienne Joseph Mellot. Il n’a pas été facile de s’imposer en 2005, suite au décès de son mari, dans un monde très masculin. Mais quand les décisions sont bonnes, les mauvaises langues se taisent. Et la qualité des vins et leur rayonnement prouvent qu’elle a parfaitement guidé l’entreprise.

L’histoire de Marie-Laure Lurton va dans le même sens. Pas évident dans les années 1990, diplôme d’œnologue en poche, de pouvoir travailler dans le Bordelais. C’est son père qui lui permettra de gagner l’expérience qui lui permet de gérer aujourd’hui avec brio ses propriétés dont le château La Tour Bessan à Margaux. Sur la même période, mais en Provence cette fois-ci, Patricia Ortelli a entièrement façonné le Château la Calisse. En y affirmant ses convictions notamment sur le bio. Ses vins s’avèrent charnus, puissants mais dotés d’une grande fraîcheur. Des vins très bien faits, qui révèlent leur terroir. On pourrait encore parler de Chantal Brégeon-Gonet qui gère toute la commercialisation du champagne Philippe Gonet quand son frère produit les vins…

Ne retenons finalement que la passion de ces femmes, identique à celle des hommes. Une passion dévorante pour le vin qui les conduit à se dépasser, à donner le meilleur d’elles-mêmes, comme les hommes. A réussir, souvent, à échouer, parfois. Comme les hommes. Ni plus, ni moins.