L’année 2021 en Champagne aura été celle de tous les extrêmes : ventes records, vendanges catastrophiques du point de vue quantitatif, offres œnotouristiques aussi inédites que spectaculaires, émergence d’un nouvel opérateur géant, créations artistiques tous azimuts… Terre de vins refait le match avec vous et vous raconte ce qu’il ne fallait surtout pas manquer !

Sur le plan commercial, l’année 2021 crée la surprise. Alors même que les restrictions sanitaires restent présentes même si elles sont moins sévères, la Champagne enregistre une augmentation des expéditions de 8,3 % de janvier à novembre par rapport à la même période en 2019 (année indemne de covid). Les ventes à la fin de l’année devraient atteindre 320 millions de cols, du jamais vu depuis 2010, tandis que le chiffre d’affaires pourrait battre tous les records. La tension est d’ailleurs telle sur le marché qu’un certain nombre de maisons se retrouvent dans l’obligation d’imposer des allocations. Une situation que personne n’avait anticipée. L’année dernière, les professionnels pensaient raisonnablement ne retrouver les niveaux de vente de 2019 qu’en 2024.

Ce prompt rétablissement a permis au mois de juillet de revoir à la hausse la limite du rendement d’appellation par rapport à 2020. Malheureusement, la nature de son côté n’a pas suivi. En effet, la Champagne a connu l’une des pires vendanges de son histoire avec une perte d’environ 50 % de la récolte liée aux intempéries : gel printanier, grêles, pluies incessantes du début de l’été qui ont généré une pression sanitaire inédite … De quoi provoquer l’amertume de certains opérateurs qui regrettent aujourd’hui que le rendement d’appellation ait été fixé à un seuil aussi bas l’année dernière alors que la récolte était abondante. Côté négoce, pour éviter qu’un tel incident ne se reproduise, on milite pour une amélioration du dispositif de la réserve qualitative. Quelques maisons souhaitent même que celle-ci puisse être tirée en partie en bouteilles.

Les ravages du mildiou ont amené à s’interroger sur la viabilité des méthodes culturales « bios » en Champagne. Pour ne pas perdre intégralement leur récolte, plusieurs domaines qui venaient d’entamer leur conversion ont abandonné cette voie. Même chez les viticulteurs certifiés Haute valeur environnementale (HVE), des voix se sont élevées pour souligner que la vocation première d’un vigneron était de produire du raisin et non des Indices de fréquence de traitement.

Pour autant, la Champagne n’a pas renoncé à ses objectifs et de nombreux projets visant à réduire l’impact environnemental de la filière ont vu le jour en 2021. L’agroforesterie a sans doute été le maître mot de l’année, avec des campagnes de plantation de haies lancées par Ruinart sur son domaine de Taissy, ou par Moët & Chandon autour de Fort Chabrol (Natura Nostra). Le groupe Moët Hennessy a aussi ouvert son premier laboratoire de recherche collective à Oiry, dont une part des expérimentations doit justement aider les maisons à respecter leurs engagements en matière de développement durable.

Le redéploiement de la maison Telmont montre que face à l’urgence climatique et environnementale, certains professionnels n’ont pas peur de prendre la voie d’une certaine radicalité. Sa charte « au nom de la terre » engage la marque à ne plus utiliser de bouteilles spéciales, à mettre en place un programme de consignes vers la filière cidricole, à renoncer aux éléments de packaging, tout en affichant l’objectif de passer au 100 % bio en 2031. Le champagne Drappier, première maison à pouvoir revendiquer la neutralité carbone, a lancé un projet original d’expédition de bouteilles par bateaux à voile. Quant au champagne Veuve Clicquot, il a dévoilé au mois d’octobre un potager au Manoir de Verzy visant à créer des passerelles entre l’univers de la permaculture et le monde viticole.

Les coopératives ne sont pas restées inactives sur le sujet. Mailly Grand Cru est devenue la première coopérative dont le domaine est classé 100 % HVE. Devaux a sorti sa première cuvée bio. Enfin, au niveau de l’appellation, deux décisions majeures ont été prises en juillet : l’autorisation des vignes semi-larges qui facilitera l’enherbement et celle d’utiliser le cépage résistant voltis, qui doit réduire l’usage des produits phytosanitaires.

Le ralentissement des flux internationaux de voyageurs aurait dû porter un coup dur à l’essor de l’œnotourisme. Néanmoins, si on en juge par le nombre incroyable de nouveautés cette année en Champagne, l’activité semble plutôt bien résister. Fin mai et début juillet, deux musées ont ouvert pour la première fois leurs portes : le Musée du champagne et d’archéologie régionale installé au château Perrier à Epernay, qui a opté pour une approche très culturelle et Pressoria à Aÿ, davantage concentré sur l’élaboration du produit et son interprétation sensorielle. On a vu aussi plusieurs grandes maisons dont l’accès était jusqu’ici réservé à de rares invités partager avec le grand public leurs trésors patrimoniaux : le champagne Gosset a mis à la disposition des Sparnaciens son parc classé, la Maison Perrier-Jouët à travers « Belle Epoque Society » nous a éblouis en inaugurant le 16 juin son magnifique bar à champagnes installé au Cellier Avenue de Champagne et sa table gastronomique hébergée à la Maison Belle Epoque. D’autres domaines déjà très engagés dans cette voie ont simplement étoffé leur offre. Pommery a créé le restaurant « Le Refectoire » où le chef Pilippe Moret revisite les grands classiques de la cuisine traditionnelle française, Gaidoz-Forget a ouvert sa terrasse à des concerts de rock …

La mode est enfin aux tables éphémères et aux dégustations immersives à Paris : la création d’ADMO par Dom Pérignon au restaurant « Les Ombres » du musée du Quai Branly offre une expérience unique et toute en contrastes pour découvrir le rosé 2008, la cabine Tastes by Mumm s’amuse à faire jouer les sens entre eux pour mieux déjouer nos préjugés, les pairings musicaux du Studio Krug à la Samaritaine conduisent à explorer les mille et une analogies entre le champagne et la musique… Covid oblige, l’œnotourisme se fait aussi désormais en ligne : la Maison Taittinger a proposé pour la première fois une visite de ses crayères aux internautes !

Côté culture, on saluera quelques belles initiatives : le tournage d’un film de Nicolas Vanier en Champagne à la Villa des trois clochers de Leclerc Briant, la sortie d’un documentaire sur la biodynamie « Le champagne a rendez-vous avec la lune », les créations impertinentes de David Shrigley autour de la Maison Ruinart ressuscitant l’art du graffiti, l’exposition Blooming au Cellier Pompadour de la Maison Pommery, une apparition originale et décalée de la cuvée Amour de Deutz dans le biopic « Aline » de Valérie Lemercier, le rachat par le Palais du Tau grâce au financement de la Maison Taittinger d’un flacon de vin de Champagne du sacre de Louis XV et une enchère incroyable autour d’un millésime 1874 de Perrier-Jouët qui nous a permis de nous replonger dans l’histoire des premiers grands « vintages ».

2021 aura enfin été marquée par des recompositions géopolitiques majeures. La plus importante a été la naissance d’une nouvelle locomotive champenoise, forte d’un domaine de 3000 hectares cultivé par 6000 vignerons. Baptisé « Terroirs & Vignerons de Champagne », le groupe est issu de la fusion entre la CRVC et le Centre vinicole Nicolas Feuillatte. Côté maisons, peu de mouvements, si ce n’est quelques investissements à l’extérieur de l’appellation, comme le rachat de Ponzi Vineyards dans l’Oregon par la Société Jacques Bollinger. On notera aussi la renaissance de la Maison Collery, créée en 1893 par Jules-Anatole Collery, dont la saga familiale s’était achevée dans les années 2000. Grâce aux investissements du groupe Nicolas Gueusquin, elle est désormais installée dans un très bel hôtel particulier au cœur d’Aÿ. En Champagne, les diamants sont éternels