2020 n’aura malheureusement pas été l’année du vin. Maintien des taxes américaines, coronavirus, confinement, perspective d’un Brexit dur, incendies en Australie et aux Etats-Unis… Un sinistre bilan, même si la filière a su aussi démontrer sa créativité et sa résilience.

Janvier-Février : L’année démarre déjà dans un climat de tension économique. On commence à mesurer les effets de la taxe Trump aux États-Unis, qui a provoqué dès novembre 2019 une baisse de 44% des exportations sur ce marché. La filière se mobilise pour réclamer un fond de compensation, s’estimant prise en otage du conflit entre Boeing et Airbus. Le Brexit suscite lui aussi des inquiétudes. Le gouvernement, loin de se montrer à l’écoute, veut encourager un Dry January ! Seule consolation, la réussite de l’organisation conjointe (une première) de Vinexpo/Wine Paris. Il s’agit de peser davantage face à l’événement ProWein à Düsseldorf. En Australie, de gigantesques incendies détruisent des vignobles entiers.

Mars-Avril-Mai : C’est la foudre qui s’abat sur la filière avec le confinement qui débute le 17 Mars. Les plus impactés sont les vins qui ont construit leurs circuits sur la restauration. Mais aussi le champagne, dont le destin est intimement lié aux célébrations et à l’événementiel. La filière vin dans son ensemble résiste grâce aux cavistes, dont l’ouverture a été maintenue, et grâce à la GD. Les ventes de bag in box battent des records. On continue à boire, mais bon marché et en plus faible quantité. La digitalisation du monde du vin s’accélère : ceux qui hésitaient à créer leurs e-boutiques, sautent le pas. On met à profit le confinement pour proposer des formations en ligne, on lance les nouvelles cuvées grâce à des lives sur Instagram… Le monde du vin fait preuve également de solidarité : les cuisines des guest houses travaillent pour les hôpitaux. On ne compte plus les collectes de bouteilles offertes au personnel soignant. Face à la pénurie de masques et de combinaisons, les entreprises du secteur mettent à la disposition des hôpitaux leurs stocks. Les vignerons soutiennent aussi les restaurateurs, et sont nombreux à rejoindre l’initiative “J’aime mon Bistrot”, en contribuant à son fonds solidaire. Dans le monde des œnologues, le symptôme très répandu de l’anosmie provoquée par la Covid 19 commence à inquiéter. La campagne des primeurs à Bordeaux doit s’adapter aux mesures sanitaires, les dégustations débutent avec deux mois de retard et les prix chutent.

Juin-Juillet-Août : Au fur et à mesure de l’assouplissement des mesures sanitaires et de la réouverture des commerces, les ventes sur le marché français repartent. La campagne des Primeurs à Bordeaux se déroule avec plusieurs semaines de décalage. Avec un hiver doux et humide, un printemps et un été chauds et secs, les vendanges s’annoncent précoces. Elles débutent le 17 août en Champagne, un record. Les tensions économiques provoquent des débats autour des rendements qui pourront avoir l’appellation. Au pays des bulles, les Maisons et le Syndicat Général des vignerons parviennent à la dernière minute à un accord : ce sera 7000 kilos/ha et 8000 si on arrive à 230 millions de bouteilles vendues à la fin de l’année, contre 10.200 en 2019. Le gouvernement met en place un programme d’aide à la distillation et au stockage (250 millions d’euros).

Septembre-Octobre : Des incendies ravagent la Napa Valley en Californie et détruisent des domaines prestigieux comme le Château Boswell. Le 27 août, le Wine Business Club, créé en 1991, cédé discrètement par Alain Marty à AG2R en 2017, est mis en liquidation judiciaire. La finale du concours du meilleur caviste a lieu in extremis le 19 octobre à Bordeaux, remportée par Matthieu Potin, quatre jours avant l’établissement d’un couvre-feu. Le Conseil des ministres de l’UE donne son accord pour prolonger le système des droits de plantation au-delà de 2030. Le 29 octobre, un nouveau confinement provoque une deuxième fermeture des restaurants.

Novembre-Décembre : Vranken-Pommery annonce la mise en conversion bio de 175 hectares. L’effusion de joie qui entoure l’élection de Joe Biden, entraîne une hausse ponctuelle des ventes de champagne aux USA, et des espoirs dans la filière de voir les droits de douane réduits. En France, le 15 décembre, les mesures sanitaires sont assouplies mais l’instauration d’un couvre-feu le soir du réveillon du nouvel an assombrit l’horizon. Alors que l’épidémie semble repartir, la réouverture des bars et des restaurants promise pour le 15 janvier semble de plus en plus hypothétique.

Chaises musicales : Dans le Bordelais, Michel Rolland cède la majorité des actions de son laboratoire d’œnologie à trois de ses collaborateurs. Pendant des décennies, cet admirateur de Robert Parker, aura contribué à façonner le style des vins bordelais. En Champagne, les femmes prennent le pouvoir : à la tête de Moët & Chandon, Berta de Pablos Barbier succède à Stéphane Baschiera, chez Besserat de Bellefon, Nathalie Doucet prend la présidence… Même tendance dans le monde très masculin des chefs de cave : chez Henriot, Alice Tétienne remplace Laurent Fresnet, chez Perrier-Jouët Séverine Frerson succède à Hervé Deschamps, chez Krug, Julie Cavil prend le relai d’Éric Lebel… En Alsace, Nadia Lelandais devient la première femme à la tête d’une coopérative de l’appellation (cave Les Faîtières d’Orschwiller-Kinztheim).

Ils nous ont quitté en 2020 : Le négociant Georges Duboeuf qu’on surnommait le pape du Beaujolais, Marie Françoise Nony qui avait dirigé le Château Grand-Mayne d’une main de maître de 2001 à 2011, Arnaud Bro de Comères, le gentilhomme du champagne, infatigable ambassadeur de la Maison Deutz, Frédéric Mabileau, brillant vigneron de la Loire décédé dans un accident d’ULM, Bernard Lartigue, paysan self-made-man propriétaire du Château Mayne Lalande, le baron Maurice Velge, ce Flamand qui avait investi dans le château de Côme, pour en faire le premier domaine de l’appellation Saint-Estèphe à obtenir la certification bio, ou encore l’œnologue Jacques Puisais.

Fusions/Acquisitions : L’événement de l’année c’est d’abord le retour de Remy Cointreau en Champagne (autrefois propriétaire de Piper-Heidsieck) avec le rachat du champagne J. de Telmont. Campari entame des négociations pour racheter le champagne Lallier. La famille bordelaise Castéja (châteaux Batailley, Lynch-Moussas et Trotte-Vieille…) achète en Provence le Château Bas et son domaine de 370 hectares. La Maison Rémy Martin acquiert les Cognacs J. R. Brillet. À Pomerol, le Château Beauregard s’offre le Château Petit Village. Jean Merlaut, propriétaire du Château Dudon et du Château Gruaud Larose, prend une participation dans le Château Rabaud-Promis (Sauternais). La famille Malet Roquefort rachète le château Puy Blanquet. Florence et Daniel Cathiard, propriétaires du Château Smith Haut Laffite, rachètent un domaine de 25 hectares en Californie à Rutherford.

Les nouvelles cuvées qui ont fait du bruit : Dans le Cognac, la famille Bouygues qui avait acquis la distillerie de la Métairie en 2018 dévoile sa première cuvée “Montrose réserve”. En Champagne, Brad Pitt et Angelina Jolie lancent la première maison entièrement dédiée au champagne avec “Fleur de Miraval”.